LIVRE CINQUIÈME H
jeunes essaims et les forcent d'aller fonder de nouvelles ruches au désert. La vieille synagogue avait expulsé l'Église chrétienne, comme trop intellectuelle, et l'Église chrétienne à son tour expulsait l'Église albigeoise comme trop idéale. De sorte que l'Église cathare qui prétendait encore légitimement au titre de chrétienne, devrait plutôt, après son évolution, porter plus exactement le nom de paraclétienne. Par cette évolution hardie, le catharisme, qui sous bien des rapports n'est qu'un christianisme plus éthéré, peut être considéré comme une nouvelle religion qui s'échappe de l'Église comme le papillon de sa chrysalide. Cette transformation, qui fut son infortune éclatante dans le passé, doit être dans l'avenir sa gloire funèbre.
. Le genre humain, selon le christianisme, est sauvé par le Fils et non par l'Esprit, par le Verbe et non par l'Amour. Mais, selon le catharisme, le salut procède du Paraclet, du Consolateur. Delà, dans son principe divin, abaissement, débilitation : le catharisme qui découle de l'Amour, n'aura par la vigueur, la rectitude du christianisme qui dérive de la Parole : mais il aura la grâce mystique, le charme céleste. De l'esprit qui vole comme le vent dans l'espace, dit l'Évangile, il aura la mobilité, la viabilité mystérieuse, le besoin de l'infini, comme l'ange. Les premiers Amis de Dieu durent être une secte égalitaire, professant le sacerdoce universel. Plus tard la lutte amena l'orgaaisation ; trois degrés se formèrent, dans l'égalité primitive, le noviciat, la perfection, le sacerdoce. Le diaconat monta en épiscopat, et l'épiscopat s'épanouit en patriarcat.
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Mais là s'arrêta sa hiérarchie qui, désormais, conservera le monopole du Paraclet. Douze évêques se grouperont autour du patriarche, comme les douze apôtres autour du Christ. L'Église cathare se composait dedodécades apostoliques. Mais, selon le t^énie grec, cette aristocratie patriarcale ne se concentra jamais en monarchie théocratique. Mânes seul, à ce qu'il paraît, rêva un pontificat souverain, dominant douze immenses patriarcats, établis sur soixante-douze épiscopats ou royaumes cathares ; c'était l'étroite organisation mosaïque, reproduite par Jésus dans la constitution apostolique, et incommensurablement dilatée, élargie, par l'audacieux mage Persan qui en enveloppait le monde *. Ce pontificat universel, si même il s'ébaucha, se fragmenta bientôt, et nous n'en trouvons que les débris réguliers dans les variétés infinies de l'Église Joannite. L'Église cathare, et nous dirons môme l'Église catholique, apparaît organisée partout en dodéca des. Nous retrouvons ce groupement chez les Syriens, les Égyptiens, les Hellènes, les Bulgares, les Saxons d'Angleterre, les Celtes d'Ecosse et d'Irlande*. Le catharisme fut de son essence trop spiritualiste pour incarner le Paraclet dans un homme, dans un Manichéos universel, et si l'on a cru distinguer un patriarche suprême errant dant le mystère des forêts et des déserts d'Orient, nous croyons que ce n'est qu'un fantôme, et que son pape, c'est TEsprit, et son Vatican c'est le ciel.