LIVRE CINQUIÈME
L'idée théocratique, qui n'avait pu être réalisée par le génie trop mystique de l'Orient, fut reprise cinq siècles plus tard et tentée par le génie plus robuste de l'Occident, mais elle venait de J'Inde. L'Église de saint Pierre, héritière du génie terrestre et pharisaïque de la synagogue, transplantée de Jérusalem à Rome, sa future métropole, et jetée dans les cadres administratifs de la hiérarr chie impériale, prit un développement prodigieux par la conversion des Césars. L'empire écroulé, l'Église fut, selon l'heureuse expression d'un poète, V ombre de Vempire^ et ses pontifes, lés fantômes des empereurs, fantômes armés de la foudre. C'était le vieux pontificat étrusque, mélangé de. la grande sacrificature hébraïque qui renaissait gigantesque avec un César sacerdotal. Son premier César, audacieux et magnanime, fut Grégoire VIL Sanglant, puis majestueux et olympien, Innocent III fut son Auguste. Ses tragiques successeurs, organisateurs de l'inquisition, exterminateurs des Albigeois, en furent les Tibères et les Nérons. Le christianisme, échappé de l'étroite théocratie juive, tombait sous l'immense théocratie romaine qui eût été son sépulcre et celui du monde. Le césarisme impérial avait dévoré le monde antique. Le monde moderne eût été dévoré parle césarisme sacerdotal. L'Europe, • absorbée par les cloîtres, tombait en mainmorte, et devenait un bourg pourri de Rome. Tous les trônes étaient rattachés au saint-siége, tous les princes
soumis au pape, calife de l'Occident. Le Verbe était