LIVRE CINQUIÈME
sède et que ce fameux Hue ou Ugo de la Motte le bon, le prisé, le vai7/anf chevalier qui figure avec tant d'éclat à la défense de Toulouse et que l'épopée romane nous montre frappant et refrappant (firens et refirens) dans toutes les batailles patriotiques *. La maison de la Motte existe encore dans le Midi où elle forme plusieurs rameaux ; et l'esprit à la fois antique et novateur de cette race sacerdotale et chevaleresque, le génie poétique, le mysticisme platonicien, ce souffle de Plotin et de saint Jean, émané d'Alexandrie dans le catharisme du moyen âge, reçut au xvii® siècle un magnifique épanouissement, une merveilleuse efflorescence dans l'hellénisme occidental de Fénelon*.
Guillabert de Castres, Benazit de Termes, Bernard de Simorre, et Bernard de la Motte, élevèrent à répiscopat Agulher et Tento. Agulher avait été diacre de Durfort, et le chapelain de Sicard de Durfort et d'Adhémàr de Roudeilla. 11 fut destiné au Termenez qui comprenait le Roussillon, dont probablement il était originaire. Car son nom est catalan, et signifie l'arroseur, l'irrigateur des eaux de montagne. Il allait faire couler dans les sables brûlés du Roussillon les sources vives et les torrents mystiques du Paraclet. Tento est presque in-
■ 1. Guilh. de Tudella. La bravoure albigeoise était célèbre et avait sa source dans la foi. Dieu, dit Tomiéras, prend bientôt vengeance d'ost qui ne le craint pas. L'ami de Dieu vainc un bataillon.
2, Elle a produit encore de nos jours un historien de l'inquisition qui s*est ressouvenu du martyre de ses ancêtres et de la patrie méridionale, La Motte-Langon.
connu : on ignore son pays natal : seulement le Gab-Aret, Tâpre défilé*qui conduit de Sabarat au Masd'Azil, s'appelle encore la Tentina, probablement deTévêque albigeois : soit qu'il fût né au Gastellot, ce chàtelet qui commande l'entrée septentrionale de cette gorge sauvage, soit qu'il en ait habité les grottes semblables à des tanières que Ton voit encore, sous le bois de chêne, dans l'escarpement profond de TArise. Tento fut destiné à l'Agenais : on lui donna pour fils-majeur, Joan Cambiaire ou Cambidor, qui l'avait été de Guillabert de Gastres. Guillabert éleva à ce poste son fils-mineur Vigoros de Bocona. Vigoros était probablement de la maison des seigneurs de Bocona entre Toulouse et rile-Jourdain. Ges barons étaient l'effroi des voyageurs qui traversaient leur vaste forêt, antique sanctuaire d'une divinité ibéro-celtique. Un proverbe atteste encore leurs déprédations :
Lo senher de Boconia Que sap ne prendre on y a*.
Ces instincts rapaces se changèrent en sacrifice aux rayons du catharisme, et Vigoros ne conserva de cette barbarie féodale que l'énergie de son nom symbolique. Il fut un des plus actifs et des plus vigoureux propagateurs de l'Église du Paraclet. Diacre, il avait longtemps résidé au Pujol, près de Gondom. L'albigisme avait été si répandu dans ces
1. HisL du Lang.y VI, Add. du Mège. Le seigneur de Boucone qui sait prendre son bien où il est.
cantons par Esclarmonde de Foix, vicomtesse de l'Ile- Jourdain, qu'on l'appelait l'AeWsie co»fio?»ane. Il est vrai qu'il y avait été presque détruit parles dernières croisades. Vigoros ne borna pas son apostolat dans la Gascogne, le Toulousain et le Lauragais; il fit encore une mission dans l'Agenais et résida quelque temps à Gastelmoron. Dans cette campagne, il eut pour escorte Pons-Adhémar de Rodeille, Ramon Galhao de Montréal, et Guillem de Gastillo, seigneur de Gardouch. Tout le Midi retentit de la puissante prédication de Vigoros de Bocona. Il avait un frère aîné, mais moins fameux, Bernard, distingué par le surnom de Senior, qui, avec son compagnon Ramon Sicré, habitait une cabane de feuillage, dans la forêt de Sichet, voisine d'Au-
riac (1).
Bertrand d'En Marti remplaça Vigoros comme fils-mineur de Guillabert qui s'adjoignit encore dans le diaconat, Bernard Bonafos, diacre de Toulouse. Bonafos, de race chevaleresque , était un ministre très-distingué dont le compagnon Ramon- Gros n'avait pas moins de zèle et de talent. Avant le traité de Paris, on les trouve fréquemment dans Toulouse chez Alaman de Roaïx, et Sicard de Gameville qui devaient l'un et l'autre entrer dans le ministère cathare, et chez Arnaud-Bernard, cheva- ■ lier illustre, condamné plus tard par- l'inquisition (1242), et dont, malgré cette flétrissure glorieuse, le nom décore toujours une des portes occidentales de la grande cité romane. Dona Ava de