LIVRE CINQUIÈME
douze vicaires *. Nous en concluons que le même nombre de suffragants se groupait autour du patriarche de Montségur. Il fallait rétablir cette dodécade épiscopale. Plusieurs sièges étaient vacants : quelques évêques étaient très-âgés; des Églises avaient été presque détruites parla guerre; d'autres s'étaient formées dans les déserts; une lutte à mort s'engageait contre l'inquisition encore épiscopale, mais tout à l'heure monastique et romaine. C'est pour satisfaire à toutes ces nécessités des temps que Guillabert résolut une reconstitution générale du sacerdoce albigeois. Malheureusement il ne reste de ces ordinations que des rapports vagues, incertains, incomplets et même contradictoires. Rappelons-nous que la hiérarchie cathare, comme celle de l'Église apostolique, n'admettait en principe que deux degrés, le diaconat et l'épiscopat. Les évêques étaient pris parmi les diacres, et les diacres parmi les parfaits. Mais comme le parfait avait son compagnon, le diacre avait son acolyte dans le sous-diacre, et l'évêque avait ses' deux grands vicaires appelés le fils-mineur et le fils-majeur. Ce dernier coadjuteur, à la mort du titulaire, montait de droit, évêque désigné d'avance, à la dignité épiscopale. Au-dessus de la dodécade apostolique n'était plus que le patriarche, et tous les patriarches de l'univers ne reconnaissent d'autre pontife souverain que le Christ ; ou le Paraclet, leur Melchisédec céleste.
1. Johan. Mabillon, praef. — Sancti-Bernardi duo serm. — Evervini Steflfeldensis, epist .— Spicile^ium.
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Nous allons tâcher de reconstruire, d'après quelques rares indications, cette grande et religieuse scène des ordinations de Montségur. Soixante-cinq ans se sont écoulés depuis que le patriarche Nicétas était venu d'Orient organiser l'Église cathare d'Aquitaine, au synode de Caraman, selon le mode et le rite des Églises johannites d'Asie (1167). Vingtneuf ans, depuis que l'évêque de Toulouse Gaucelm avait, au synode de Mirepois, proposé la construction de Montségur qui sauva l'Église albigeoise et la patrie romane (1203). Le synode du Thabor, convoqué par Guillabert de Castres, est la troisième date solennelle du catharisme pyrénéen qui en attendait son salut, mais qui n'en reçut qu'une plus longue agonie, un plus éclatant martyre. Il ne survivait de l'ancien épiscopat que Benazet de Termes, Bernard de Simorre, et peut-être encore, Ramon de Mirepois, et Bernard de Blasco : ces derniers, caduques, inactifs, et retirés dans les grottes du Thabor. Après ces vieux évêques de la guerre et de l'exil, venait, bien moins âgé, Bernard de la Motta, désigné naguère à Montesquieu du Lauragais, et consacré définitivement à Montségur. Diacre, il avait prêché bien des fois dans Toulouse, thez les Roaïx, les Maurand, les Gameville, les Arnaud-Bernard, ces grandes maisons capitulaires. Dans ses courses à travers les bois, il avait habituellement pour escorte les cinq frères Ramon, Bernard, Pierre, Estold, et Bego de Roqueville qui se trouvaient alors à Montségur. Cet évêque était de la même race qu'Arnauld et Guilhem de la Motte, diacres, et Gérald de la Motte, diacre aussi, brûlé à la Bes-