Mœurs étranges et malsaines
Tous ces noms de femmes si gracieux, on l'aura souvent remarqué, sont grecs, romans, germains, mauresques et cantabres. Le nom sacré des cathares c'est Joana (grâce de Dieu) ; Joana, mère de l'Esprit, et non point Maria, mère de Jésus, qu'on ne trouve qu'une fois dans la vieille reine d'Aragon. Esclarmonda,' très-fréquent aussi, dérive du baptême de feu ; et Lombarda , non moins commun , procède de la Lombardie, terre sainte du Paraclet, mère vénérée de l'église d'Aquitaine. On ne voit pas non plus chez les hommes des noms d'Anges. Les Albigeois, qui se regardaient eux-mêmes comnie des Esprits exilés, n'invoquaient pourtant pas leurs frères célestes. C'est encore une preuve que le catholicisme était à peu près détruit au pied des Pyrénées i.
1. Les noms sont aussi de l'histoire. Ramon, le plus fréquent, montre la popularité des comtes de Toulouse, symboles de justice, autrefois de bonheur, maintenant de martyre. Ava, Auda, Alba, eau; Arnauld, Isarn, torrent; Astnar, torrent du rocher; Astnava, rocher de la plaine, désignent le territoire, l'Aquitaine. Esquio, Escaronia, Obisca, Nolasco expriment la race Esque ou Ibère. Jordan et India viennent du fleuve saint et des croisades d'Orient. Guilhem et Olivier rappellent deux héros de l'épopée carlovingienne, et des guerres contre les Maures d'Espagne. Trois noms, d'origine mythologique, ont eu une fortune beaucoup plus illustre. De Janus, dieu ibère confondu avec saint Jean, sortent les innombrables Dejean, Joanis, Joanès.'Deljanès. Janus (le soleil) est un dieu hospitalier. L'étranger qui vient s'établir dans un bourg est sous sa protection : c'est unEstadjan (est ad Janum vel Johannem.) De Sancus, dieu des eaux, se forment Sanche et Sans. Et Pons enfin, de Potus, Ponius, Pompus, également dieu des