‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 29 sur 922 · Uist, du Lang · texte numérisé non relu

Uist, du Lang

cette négociation au Vatican , et recourt à la médiation de son cousin le roi d'Angleterre, et de soa suzerain TEmpereur d'Allemagne. Frédéric II essaie de détourner cet orage sur l'Orient. Les Turcs ont reconquis la Palestine. Il demande que les princes chrétiens s arment pour la délivrance du Saint- Sépulcre. Le vieux pontife se prend au généreux piège de l'ambitieux et rusé César. Il accueille l'ambassade de Toulouse : il répond à Ramon VII qu'il va s'occuper du règlement définitif des affaires de Provence et qu'il en charge expressément Romain, cardinal diacre de Saint-Ange. 11 suspend la croisade albigeoise; il veut qu'on accorde Ramon et Amaury, et que le roi de France marche au secours de la Terre sainte, avec les autres princes d'Occident. Mais le Capétien est plus soucieux de Toulouse que de Jérusalem, et, blessé non moins que honteux d'avoir été joué, répond au pape qu'il ne s'occupera plus des Albigeois, et que le Saint-Siège ait à s'arranger, comme il l'entendrait, avec Ramon VII. Il réservait ses droits mérovingiens et carlovingiens sur Toulouse ; il semblait prendre sous son patronage le comte, son cousin, dont il sollicitait naguère la déchéance ; évidemment il ne voulait pas qu'on lui dévorât sa proie. Toutefois la croisade royale parut alors tellement abandonnée que Lambert de Croissy, le conquérant dépossédé de Limoux, insatiable d'aventures et de guerres, partit pour l'Orient, afin de retrouver au pied da Liban le magnifique fief qu'il venait de perdre au pied des Pyrénées.

Ainsi le nuage menaçant qui se formait dans le

nord se dissipa momentanément; son tonnerre s'éloigna derrière l'horizon. Le midi eut encore deux ans de repos troublé. Il sortait de ses longs combats épuisé de sang ; il ne lui restait de force que pour chanter sa victoire; mais cette victoire même était une force morale. Dans son ivresse juvénile, il put croire à la durée de son indépendance, à la stabilité de son avenir. Il en avait un triple augure, un triple garant, dans son cœur, sur la terre et dans le ciel. Dans son cœur, son désir, son espoir, la justesse de sa cause, la vitalité de sa race , cette indomptabilité cantabre*, trois fois écrasée et trois fois relevée, et victorieuse de Clovis, de Cbarlemagne et de Philippe-Auguste. Elle forme une grande famille humaine parlant la même langue, possédant le même génie , composant une confédération , une nationalité romane, à qui Dieu a donné en héritage le vaste bassin aquitanique , si nettement délimité entre la Loire, les Alpes, la Méditerranée, les Pyrénées et l'Océan. — Sur la terre, la rivalité des rois de France, d'Angleterre et d'Aragon, rivalité de conquérants, dis(îordes de déprédateurs, d'où peut se dégager le triomphe de la patrie occitanienne. C'est la politique traditionnelle des Ramon qui tâchaient de contrebalancer ces maisons royales dont ils

1. Indomitus Gantaber : c'est le Basque, Gasc, Asc, Esc. Tous les noms romans dérivés de ce radical ont un sens guerrier ou sinistre. Ainsi : Escach, hasard; Esquer, gauche; Esquio, sauvage; Esquivar, s'enfuir; Escarnir, se moquer; Esquis, âpre; Escarit, délaissé; Esclandra, tumulte; Escantir, éteindre; Escanar, égorger; Esclaflfar, écraser, etc.

épousaient tour àtour les princesses, et celle mieux mspu-ée de Bertran de Born, qui semait la division et la guerre entre ces princes ; Bertran, cet intelligent baron et ce belliqueux troubadour qui portait dans sa main sa tête éclairée en guis'e de lampe, magnifique symbole qui estcelui d'une race, mais SI mal interprété par le chantre de l'Enfer'. Les deux derniers Ramon avaient épousé deux infantes d'Aragon, montrant par cetteunion redoublée qu Ils comptaient surtout s'appuyer sur don Jaicme et la tendresse de ce jeune conquistador pour la terre romane dont il est le nourrisson héroïque et dont son père fut le glorieux martyr. — Dans le ml enfin, ce martyr de la bataille de Muret, invoque déjà comme un patron national, et qui, avec le cantabre Exsupère, les grecs Saturnines , Papoulos, Glycérios, ces évêques ennemis de Rome et des Francs, ont été vus, guerriers célestes, combattant sur des coursiers de feu, et ramenant de 1 exil les chevaliers pyrénéens. Ainsi parle un peuple poétiquement et patriotiquement superstitie uxmais ses chefs comptent sur d'autres auxiliaires surnaturels, l'Esprit, le Christ, Dieu ».

Dieu semblait agir dans cet orage. Il divisait le pape et le roi de France. Il écartait indéfiniment les Montfort. Et pourtant, en quittant Carcassonne Amaury avait annoncé à ses partisans qu'il revien-

1. Dante : Infemo, xxvm. Psaume Lxxvra 72 2^ Pendant les sièges de Toulouse on exposa les reliques du baron Samt-Saturnin sous la plus haute voûte du clocuer de sa basilique, tout illuminé de cierges

drait dans deux mois. Il avait même, lors de la trêve conclue avec les princes, stipulé que si dans deux mois il n'était pas de retour, les forteresses, conservées par les croisés, seraient remises aux Méridionaux. Amaury ne revint pas au temps convenu, et les comtes prirent pacifiquement possession des dernières places de la croisade. Narbonne, Agde et la Roca de Valserga, Termes, Ménerbe, Cab-Aret, Hautpoul, Lombers , Penne d'Albigeois , inexpugnables sur leurs rochers, rouvrirent leurs portes à leurs légitimes seigneurs. C'est alors aussi sans doute que le comte de Foix rentra dans son donjon aérien. Ce n'est donc qu'à la fin de mars que le Midi fut entièrement délivré de l'étranger. La disparution de cette queue de la croisade coïncide avec la fin de l'année qui au moyen âge expirait avec l'hiver. C'était un printemps social en même temps qu'un renouveau naturel. Le ciel souriait à la terre, et le soleil à la liberté. La nature, la société, la religion, semblaient sortir ensemble du tombeau. Et cette renaissance générale se symbolisait divinement dans la résurrection du Christ.

OTWireiS BRAUX JOURS DU MIDI. - FLOIAISOH TAIDIVE ET ÉPHÉMÈRE DE tOH GÉNIE SUR SES RUINES. - TROUBADOURS. MARIAGES, PÈTES CHEVA- LERESQUES. - ÉTAT DES PARTIS RELIGIEUX. — NÉGOCIATIONS ENTRE LEl PRINCES ET LES PRÉUT8, TRATERSÉES PAR LE ROI DE FRANCE.

Ce printemps orageux, ce repos troublé, entre la croisade monastique et la conquête capétienne , fut comme un de ces étés tardifs qui brillent furtivement entre les pluies d'automne et les neiges d'hiver. Il y eut, dans cet intervalle de deux ans, une dernière et rapide floraison de liberté, de civilisation et de poésie, sur les ruines et avant la mort. Le génie national si violemment interrompu par la croisade, ce gracieux génie, reprit, tout meurtri, son essor, et les troubadours en furent la voix mélodieuse et plaintive. Quand renaît le doux temps dePascor^, quand le buisson bourgeonne et fleurit, et que l'oiseau gazouille sous la feuillée d'avril, fauvettes de ce printemps, les troubadours, revenus de l'hiver de l'exil, apparaissaient après les orages de la guerre. La harpe sur le dos, ils gravissaient la spirale du sentier qui circule autour du cône de granit dont la cime suspend dans les nues le manoir baronial. Ramon de Miraval, le TibuUe vieilli de cette restauration romane, quittait son maigre castel, perdu dans l'étroit et sombre val de l'Orbrel, et reparaissait aux portes du poétique et splendide

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