Les Français prononçaient Saint-Gilles
de rexpédition. Il demande que le roi de France et les barons qui vont marcher contre les Albigeois obtiennent du Saint-Siège les mêmes indulgences que les pèlerins qui se croisent contre les infidèles; que le comte de Toulouse soit publiquement excommunié, déchu de son titre, et privé de ses États, lui et ses héritiers à perpétuité; que ses États et les terres de ses partisans soient dévolus à la couronne de France ; que la croisade ne puisse être attaquée par le roi d'Angleterre ni par l'Empereur d'Allemagne; que sous peine d'excommunication et d'interdit, le baronnage de France soit tenu de suivre le roi ; que le pape enfin lui donne pour légat l'archevêque de Bourges. A ces conditions, Louis exécutera la conquête de l'Albigeois. Mais avant tout il exige le renoncement absolu et perpétuel des Montfort \ Abandonné du légat, du clergé ' de France, de son oncle Gui, de ses cousins et de ses compagnons de guerre, le malheureux Amaury dut se résigner en gémissant. Il n'y consent qu'avec cette réserve expresse que le pape accepte les off'res du monarque; il n'entend céder ses droits qu'à son très'haut et très-redouté seigneur , et à ses héritiers les rois de Franco. Peut-être espère-til encore dans le refus du Saint-Siège, et, dans tous les cas, il se console par la pensée que sa ruine accroîtra et fortifiera la monarchie capétienne. Toutefois, Louis ne se fait pas d'illusion ; il ne compte pas sur une facile conquête ; il en juge par la dernière guerre
t^ ^J'"''/!.^^' *• ^^ P'*®''''® ^^^' P^êre 622. Lettre des Evoques datée de Montpellier, le 10 des calendes de février.
si disputée et si sanglante. Il demande au pape une sauvegarde de dix années, c'est le temps qu'il lui faudra pour subjuguer le Midi. Et en attendant la réponse du pontife, pour éprouver le frémissement des esprits par un éclair précurseur de la tempête, il annonce brusquement son projet aux consuls de Narbonne, et sans doute au vicomte Améric de Lara, dévoué à la France par tradition, par sa femme Marguerite de Marly, et par son origine castillane et sa consanguinité avec la reine Blanche *.
Cette menace du roi de France tomba sur la première ivresse des fêtes nationales, des joies domestiques, du retour dans les foyers paternels, des tournois chevaleresques, des cours d'amour, et du chant renaissant 'des poètes , comme un coup de tonnerre sur le ramage immense des oiseaux d'une forêt. Ces jeux se turent d'eff*roi, un nuage passa sur la sérénité du ciel. Après quinze ans de guerre et de massacre, le peuple à bout de forces ne pouvait évidemment pas résister au puissant roi de France. Le comte de Foix, le conseiller des comtes de Toulouse et de Garcassonne était un prince religieux, et conséquemment temporisateur et politique. Il était le héros du Gatharisme, le protecteur de l'église du Paraclet. Il n'en résolut pas moins d'entrer en négociation avec l'Église romaine, pour prévenir cette invasion du monarque capétien, Ramon VII écrit au pape une lettre de soumission respectueuse; il envoie une ambassade pour suivre