‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 3 sur 922 · Du grec Ka6»po;, pur; catharisme, religion des Purs, des · texte numérisé non relu

Du grec Ka6»po;, pur; catharisme, religion des Purs, des

Saints.

ce dernier soulèvement du patriotisme aquitain. Le catharisme se transforme une troisième fois, et sous le nom d'Amour ourdit dans l'ombre contre les papes une vaste conjuration gibeline et mystique dans toute l'Europe. Le Paraclet fut donc successivement une église, un ordre, un club immense, et laisse de ses trois formes fugitives, trois monuments immortels : la Canso de Guilhem de Tudella, la Consolation internelle d'un disciple de Joachim de Flore, et la Divine Comédie du Dante qui glorifie son mystique amour dans le ciel sous la figure idéale de Béatrix *. Le catharisme expirant vit tomber des nuées du ciel la grande théocratie romajne, chassée de Rome, exilée d'Italie, captive dans Avignon : par un minisire albigeois dans une cité albigeoise. Ses regards en s'éteignant purent entrevoir dans les ombres de l'avenir, à la lueur des bûchers de Huss et de Savonarole, les têtes colossales et vengeresses de Luther et des réformateurs du xvi® siècle.

Telle est la matière de cette histoire : elle complète le récit de .Guilhem de Tudella : tous ses héros deviennent mes martyrs. La défense nationale a son poète et son chroniqueur roman : elle a laissé venir jusqu'à nous des cris de victoire, des chants d'allégresse et de triomphe. Mais l'agonie n'a pas laissé de Jérémie qui nous transmette ses lamentations. Les gémissements des proscrits se sont per- ^ dus dans les bois, les sanglots des captifs se sont éteints dans des fonds de tours, les soupirs des victimes ont été étouffés par les flammes des bûchers.

i. Béatrice, loda di Dio vera. Inf. IL

Le supplice a détruit jusqu'au tombeau, et le martyre a dévoré jusqu'au martyrologe.

A peiue arrive-t-il du fond des temps quelques mâles accents de citoyens, quelques indignations vengeresses de troubadours , quelques lambeaux des gémissements des martyrs. Encore les devonsnous aux chroniques des conquérants, aux procédures des inquisiteurs, aux indiscrétions des bourreaux, aux confidences de la torture et de la mort Rome, en général, a fait partout la nuit, partout le silence, partout le mystère, accumulant sur son forfait l'oubli de six siècles. Mais on n'eiface pas entièrement les traces de l'assassinat d'un peuple. Il reste des taches de sang, des débris d'ossements, des vestiges de mort. Quelquefois aussi les assassins sont loquaces; leurs jactances montent vers la justice de l'avenir. D'ailleurs, si les hommes se taisent, la terre parle, le sépulcre dépose, la mort révèle jusque dans son silence. Nul historienne s'était encore aventuré dans cette Josaphat albigeoise. Je suis entré pieusement dans le ténébreux labyrinthe des sépulcres aquitains. Je me suis établi avec amour, pendant de longs jours, de longues nuits, dans cette nécropole dévastée du Paraclet. J'ai interrogé ces morts avec unrespect ému, avec une tendresse éplorée, comme on consulte des aïeux. J'ai ranimé, dans ma pensée, •ces guerres, ces supplices, tous ces lugubres drames. J'ai recueilli les témoignages des champs de bataille, la plainte des ruines, le soupir des grottes, l'effroi des sépulcres, et de toutes ces voix du passé, de ces gémissements, de ces affreux silences,

INTRODUCTION f

est sorti ce long et douloureux martyrologe. Bien des fois, en m'entretenant avec ces morts, il me semblait entendre des voix qui me disaient comme l'ombre d'Anchise au héros Troyen : Te voilà donc enfin, ô mon Fils I Ta piété a vaincu l'horrible chemin I Nous t'avons attendu bien longtemps*. -^ Oui, me voici, ô mes pères vénérés I Ma tendresse filiale vient consoler vos mémoires saintes I Mais quel amour peut élever un monument égal à votre martyre?

Je vais donc raconter à ma grande patrie française l'agonie de ma douce et noble patrie romane, et à la puissante démocratie moderne le supplice de la chevalerie consulaire et plébéienne du XIII® siècle. La France nouvelle doit un soupir à ces grands citoyens, à ces magnanimes tribuns, à ces chevaliers de la justice et de la liberté, à ces paladins de l'esprit, de l'amour et de l'idéal divin. C'est pour nous qu'ils sont morts, et ce livre est leur testament, le testament d'un peuple exhumé, après six cents ans, du sépulcre de l'Aquitaine. J'entre dans mon sujet par le poëme de Guilhem de Tudelia qui forme à mon humble chronique comme un portique mutilé mais éclatant, et décoré de trophées patriotiques.

Toulouse avait vaincu : le Midi refoulait enfin les hordes féroces du Nord ; après quinze ans de

Page 1