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Le Christ Albigeois, c'est le Dieu Sauveur de Platon

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n LKS ALBIGEOIS ET L'INQUISITION

y parvient par trois degrés, Tabstinence, le célibat, la pauvreté. Par l'abstinence, il se délivre de la chair; par le célibat, il se dégage de la famille ; par la pauvreté, il s'affranchit du monde. Alors rhomme est complètement affranchi parle Christ. Mais c'est la sagesse des parfaits, la vie des anges. Toutefois la vie commune est permise aux croyants. La famille est bénie, le mariage est sacré, la génération concourt à la délivrance des âmes, à leur évolution vers le ciel. Dieu est Père ; le Christ s'appelle l'époux; l'Église prend le titre d'épouse et de mère Maternité spirituelle, hymen virginal. Le célibat est la perfection, la virginité est l'idéal ; les vierges seules assistent aux noces éternelles de l'Agneau et composent son cortège céleste. Dans tous les cas , tous les liens terrestres doivent être rompus avant la mort pour n'appartenir qu'à Dieu *.

Nous croyons que la mort n'est qu'une tr^-nsformation, une(/eytf(/afto7ipour le méchant, un progrès, une gloire pourlechrétien.Nuln'aledroitde donner la mort, ni de verser le sang pas même des animaux, hormis les venimeux et les féroces. Nous condamnons le meurtre, et la guerre, meurtre immense des nations. Nous réprouvons les supplices, comme une barbarie, et la violation des tombeaux comme une impiété exécrable, même aux païens. Paix aux vivants, respect aux morts. Et pourtant la chair n'est rien : les corps ne ressusciteront pas :

1. Ici le Catharisme et le Catholicisme se rencontrent dans la morale ascétique de Platon et de Pylhagore.

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la cendre des morts n'entrera pas dans le ciel. Le tombeau ne rendra rien, non plus que celui du Christ; et le monde lui-môme, sépulcre immense du genre humain, s'évanouira comme un rêve. La mort, le sépulcre et l'enfer, ne seront pas trouvés. Tout l'empire éphémère de Satan sera détruit, et Satan lui-même, pardonné, converti, et conduisant le dernier chœur des âmes exilées, sera ramené par le Christ, aux pieds de l'Éternel Père, et rien ne troublera plus la fête des cieux ^

Nous croyons que l'Église romaine est laBabylone enivrée du sang des martyrs, un monstrueux amalgame de la synagogue juive et de la hiérarchie impériale. Grégoire IX, son pontife, n'est qu'une horrible incarnation d'Aaron et de César, de Tibère et de Caïphe. Sa chaire repose sur un mythe : Pierre n'est point venu à Rome. Pierre n'est point le prince des apôtres. C'est Jean, le bien-aimé du Christ, celui qui reposait sur son cœur, et qui a puisé dans ce cœur immortel, une immortelle miséricorde, un ineffable et céleste amour. La véritable Église n'est pas l'Église de la Force (Roma), c'est l'Église de l'Esprit (Mani) et de la Consolation (Solas). Jean est son Patriarche et, fille des sept Eglises d'Asie, elle embrasse le monde et s'est constituée en Aquitaine, au concile de Caraman, par le pape Nicétas, venu de Constantinople. Elle est l'Église du Paraclet; l'Église sans tache et sans ride,

1. La négation de Tenfer conduit, par une logique miséricordieuse, au salut de Satan.

n LES ALBIGEOIS ET L'INQUISITION

répouse irréprochable et glorieuse du Christ, l'Église vierge et féconde des derniers temps, et qui subsistera jusqu'à ce que le Christ vienne sur les nuées pour recueillir les dernières âmes exilées, réconcilier le grand et triste banni et détruire son empire fantastique * .

A chaque strophe du symbole cadencé comme un hymneparTharmonieuse mélopée romane,le synode répondait par des acclamations selon l'usage d'Orient. Les acclamations redoublèrent sans doute aux dernières paroles du vieillard : Lo crésem ! Lo crésem ! Atal siat Ament s'écria l'assemblée dont la voix plaintive fut roulée par le vent comme un tonnerre, sur le vallon de Montségur, les gorges de l'Ers, la forêt de Bélestar, et jusqu'aux bourgs de l'Olmès occupés par les croisés. Le donjon ne pouvait contenir cette multitude immense répandue sur les déclivités abruptes de la montagne cathare. Quelle scène imposante que ce vieil évêque entouré de ce peuple prosterné, confessant le symbole de son martyre, sur ce sommet aérien, et déjà comme à demi suspendu dans le ciel. Atal sia! Amen! Amen ! -^ Que le Seigneur nous donne une bonne fin^ reprit en terminant Guillabert de Castres. Et le soir toute cette foule émue descendit en silence les pentes de la Roche sainte et lentement disparut dans les vallons et les bois, se rendant chacun vers sa bonne finj le martyre.

i. Le néoplatonisme domine tout ce symbole aisément réductible au système d'Origène.

Tel est le symbole johannite, reconstruit logiquement, et systématiquement déduit des principes incontestés, en élaguant toute cette folle végétation d'erreurs dont la haine catholique ou la superstition populaire ont de siècle en siècle obstrué l'inex* tricable fourré de la théogonie gnostique, toute semblable d'ailleurs à une forêt de l'Inde. C'est ainsi que Montségur, au-dessus de la croisade et de l'inquisition, au-dessus de la nuée de sang, arborait sur sa cime, dans l'azur du ciel, le drapeau de l'éternel amour.

MONTSÉGUR : LA CITÉ SACERDOTALE ET CHEVALERESQUE. — LA CITÉ RUS- TIQUE. LES TROUBADOURS.

Dès lors Montségur fut, une seconde fois, comme une Sion essénienne, une Delphes platonicienne des Pyrénées, une Rome Johannite, proscrite et sauvage d'Aquitaine. Montségur, de son roc désert, regardait tristement, mais fermement en face, la Louvre et le Vatican, le roi de France et le pape de Rome. Montségur avait vaincu la croisade; il espérai vaincre aussi l'inquisition ; il abritait dans sa grotte trois ennemis irréconciliables de la théocratie: la Parole, la Patrie, la Liberté, ces puissances de l'avenir. C'est de sa cime que prendra son vol ce doux et terrible conjuré qui, -sous le nom d'Amour, doit agiter tout le moyen âge dans les ténèbres; et qui, sous le nom d'Esprit, marche

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voilé dans les vents et chemine invisible dans les tempêtes; ce cavalier mystérieux et monté sur l'ouragan et le tonnerre qui doit, par la révolution religieuse du xvi* siècle, et la révolu- ' tion politique du xviii® , régénérer l'Europe et le monde. Voilà pourquoi cette cime, aujourd'hui déserte et foudroyée, est vénérable et sainte dans les siècles.

Guillabert de Castres était son pontife sur le Thabor. Ce patriarche, entouré des évêques du Rasez, du Carcassez, de l'Albigeois, du Roussillon, de la Gascogne, de TAgenais, du Périgord, de la Provence, du Dauphiné, du Quercy, du Béarn, et du Val d'Aran, paissait les restes du catharisme occidental, et de ce roc désert, irritait, sur le trône du monde, l'orgueil dominateur et olympien de Grégoire IX. Ces vieillards, penchés sur leur houlette brisée, descendirent de la montagne sainte, et allèrent, chacun par son chemin, et sous la garde des chevaliers, visiter et consoler dans les vallées romanes leurs troupeaux dispersés par la tempête. Puis ils revinrent sur ce capitole sauvage, autour du vénérable Guillabert, comme un conclave permanent de martyrs, et le sénat sacerdotal du Paraclet.

Représentons-nous encore Montségur, la Roche et la vallée. Sur la Roche, le donjon qui la ferme au nord, et la barbacane qui la garde au sud, crénelés, revêtus d'une crinière débroussailles, et semblables à deux lions accroupis, à deux monstres aux longues dents, et dont la gueule déchire les nuages. Entre le château, résidence de Ramon de Perella, et de la tour de l'Ers, demeure d'un che-

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