Tout dualisme est nécessairement secondaire
3. Création de l'univers dramatisée dans ce symbolisme oriental.
iNous croyons 'que Dieu étant Tocéan de l'Etre, c'est en lui que nous existons, que nous nous mou^ vons et que nous sommes (Act. xvii, 28). Il est la vie de Tunivers. Quelque chose de lui germe dans la plante, respire dans l'animal, palpite jusque dans les souffles sonores de Tair. Les deux racontent, dit David (Pr. xix). Les étoiles chantent, dit Job (xxxviii , 7). Et Platon aussi a entendu cette harmonie magnifique des Sphères. L'univers est donc vivant, mais cette mélodie des astres est triste. Ils ne chantent pas la gloire mais la douleur de Dieu. Car la création est une chute. Elle n'est pas tirée du néant, mais descendue vers le néant. La matière est morte, et ses formes ne sont que des ombres. La création vient du péché. Le mal c'est la rupture avec Dieu. La naissance est la mort; la mort c'est la vie ; c'est de degrés en degrés l'ascension du retour vers Dieu* .
Nous croyons que les âmes, émanées de Dieu, de la substance de .Dieu, et pour parler comme saint Paul, de la race même de Dieu, sont des Esprits compagnons de révolte et d'exil du glorieux Archange, précipités sur la terre, leur refuge, et renfermés dans la chair, leur prison et leur tombeau. Que ce monde de l'exil est un monde d'expiation; que les âmes purifiées par une première existence, à l'heure de la délivrance, qu'on appelle la mort, remonteront directement vers Dieu ; que celles qui persisteront dans le péché, continueront leur puri-
1. C'est le panthéisme spiritualisle des alexandrins avec celte différence que la création gnostique est une chute et non une gloire.
LIVilE CINQUIÈME 71
fication de corps en corps, et d'astre en astre, jusqu'à ce que, par ces mondes de lumière, elles rentrent dans la paix du ciel. Que toutes seront finalement sauvées, par le châtiment éternel est aussi contraire à la justice de Dieu qu'à son amour, et que, le mal absolu n'étant pas, il n'est point de douleur sans terme, et conséquemment point d'enfer*.
Nous croyons que pour ramener dans le ciel ce peuple de bannis, et même le grand Proscrit, leur chef, du consentement du Père céleste, le Fils, son image. Verbe pur. Lumière divine, le Christ miséricordieux est descendu. Il est venu, non dans les pleurs et les vagissements, mais avec l'éclat d'un Dieu. Il a revêtu de l'ombre de la chair son corps éthéré. Il a porté le nom de Jésus, a vécu dans la Judée sous Hérode, a souffert sous Pilate dans Jérusalem. Il est venu, non pour expier les péchés des hommes, mais pour leur révéler la vérité, leur enseigner la véritable vie, et représenter sous leurs yeux, hiérophante céleste, le drame lugubre de la destinée humaine, dont la catastrophe tragique eut lieu sur le Calvaire. Mais il n'est pas mort sur la croix, et vainqueur du trépas et du tombeau qui ne pouvaient retenir un Dieu, il est remonté triomphalement dans le ciel 2.
Nous croyons que le Christ, par sa parole et son exemple, nous a révélé la vie parfaite. L'homme
1. Les cathares furent conduits par leur Ihéogonie à la négation de l'enfer.