LIVRE CINQUIÈME ^l
Un souterrain, alors dérobé, aujourd'hui perdu, pénétrait dans la montagne dont des peuples mystérieux avaient profondément excp,vé les entrailles de granit, comme les cellules d'argile des fourmis, et les alvéoles de cire des abeilles. Ces grottes formaient des salles, des dortoirs, des magasins, des greniers, et même des sépulcres. Un labyrinthe inextricable circulait de corridor en corridor, de galerie en galerie, et montait de spirale en spirale du village jusqu'à la forteresse dans les nuées. Le doûjon féodal et la cité cathare s'alimentaient de ces magasins où s'entassaient les fruits de la terre, et s'abreuvaient de ces réservoirs où se recueillaient les pluies du ciel *. Il est d'ailleurs à croire que les bois entretenaient dans le creux des rochers des sourcelettes aujourd'hui disparues avec la forêt. Peutêtre eacore une étroite et tortueuse vis plongeaitelle de la barbacane du sud dans le ravin de l'Ers. Toutefois le village, étranglé dans ce profond et sombre val, ne pouvait recevoir tant de proscrits fugitifs de tout le midi. Nécessairement ils campaient dans les grottes ou les cabanes de la forêt d'alentour. Jusqu'à cinquante chevaliers arrivaient à la fois avec leurs chevaux à Montségur. Les chefs seuls pénétraient dans le donjon, etles pèlerins désireux d'accomplir les rites sacrés étaient seuls admis da'ns la cité johannite. Le village hébergeait sous ses toits rustiques les barons étrangers ; mais leurs coursiers étaient lâchés sur les bords herbus et murmurants du Gave. L'été, des troupes de cava-