LIVRE CINQUIÈME
mais les deux grands patrons des insurgés albigeois, le comte de Foix, ce héros ; le comte de Toulouse, ce martyr? Nous le pensons : ils y vinrent, mais dans le mystère, et l'histoire, dans sa pieuse discrétion, les revêt d'un nuage. Ils y vinrent du moins, par le cœur, par leurs bayles, leurs viguiers, leurs sénéchaux, leurs ingénieurs, leurs troubadours. La phalange des poètes dévoués à la patrie romane dut venir se réfugier, ou du moins reprendre un instant haleine, entre deux combats, dans le calme religieux de Montségur. La poésie, condamnée comme hérétique, qui subit le destin de la foi cathare, et qui, comme la religion sa sœur, cherche la liberté et le désert, fut aussi sans doute une réfugiée du Thabor. Montségur vit monter sur sa cime sainte les magnanimes chantres des guerres nationales, Guilhem de Tudella, leur Homère; Guilhem Figueyras, leur Tyrtée ; Pierre Cardinal,' leur Juvénal ; Bernard-Sicard de Marjevols, leur TibuUe patriotique, et tous ces mélodieux faidits Gadenet, Guilhem Magret, Guilhem Anelher, Bernard de la Barda, Arnault de Montcuc, Bertrand de Garbonnel frère de Guillabert et de la Rubéa d'Auriac, Tomiéras et Palaisis, jumeaux de la poésie, tous ces chantres dont la harpe valait une épée *! Guilhem de Tudella est le chantre des comtes d^ Foix. Il cache son nom, son pays, et pour ne pas être Albigeois, se dit nécromancien et Navarrais. Mais son patriotisme trahit son origine, et son rude dialecte révèle un montagnard pyrénéen. A coup sûr