I LIVRE CINQUIÈME
le patrimoine divin de la Grèce. La Grèce a donné à l'Évangile non-seulement sa langue, mais encore ses docteurs qui en ont élaboré la doctrine, et ses orateurs qui l'ont répandue dans tout l'univers. Par Jean et Platon , le catharisme est issu du Christ , et voilà pourquoi il monte si haut dans l'idéal.
— Le Christ est-il né de la Vierge Marie ?
— Luc et Mathieu le disent ; Marc garde le silence, et Jean le fait naître dans le sein du Père. Mathieu rattache sa généalogie juive à Abraham ; Luc sa généalogie humaine à Adam ; Jean sa généalogie céleste à Dieu. Jean seul a vu son origine éternelle. Le Christ est venu, non vulva, sed valva aurea cœli. Comme la sagesse hellénique, il est sorti du cerveaudivin, il a jailli comme l'aurore. Sa mère n'est point humaine mais céleste. Elle ne s'appelait point Marie, mais Mani (Mens) *. Il est descendu avec la beauté d'un* immortel, l'éclat de l'Orient d'en Haut.
—Et alors la crèche, l'étable, tout ce drame agreste
1. Dans les langues orientales l'esprit est un principe féminin.
L'église chrétienne idéalisait la maternité de Marie dans le sens cathare. « Introivit per aurem et exivit per auream (portam labium) Lux... mundi. » Ancienne liturgie de Lyon. — c Deus per Angelum loquebatur, et Virgo auribus impregnabatur. » Saint Augustin, évêque d'Hippone. Et chez Proclus, patriarche de Gonstantinople, Grégoire le Thaumaturge,et l'église orientale avant Nicée. — Bossuet est gnçstiqne quand il dit que le Christ sortit utero Virginis « comme un trait de lumière, comme un rayon du soleil, » Elev. XYi.
et pastoral de Bethléem... ?— C'est un symbolisme terrestre. — Mais Jean ne dit-il pas que le Verbe a été fait chair? — Assurément, mais la chair n'est qu'un voile, la matière une ombre. D'ailleurs la chair du Christ devait nécessairement différer du corps humain. Créé d'une vierge par un rayon da Tesprit, son corps devait être spirituel ; ce corps qui jeûnait quarante jours, qui glissait comme un nuage, parmi les foules, passait à travers les portes fermées, comme un souffle d'air, qui marchait sur la mer, comme sur un marbre, et flottait comme un duvet, dans la splendeur du Thabor, était plus éthéré qu'un corps humain. On a dit que c'était un corps sidéral, psychique, angélique, en un mot fantastique. Le Bethléem du Christ, c'est le ciel ; sa crèche, le tabernacle de Dieu.
— Si le Christ avait un corps éthéré, il n'a donc pas souffert, il n'est pas mort sur la croix? .
— Il a souffert en esprit : il a eu les tortures de rame, l'agonie de Gethsémani. Mais il n'estpas mort: un Dieu ne peut pas mourir. L'agneau, dit l'Apocalypse, est comme mis à mort sur l'autel céleste.
Maître, qu'est-ce que Lucibel?— Son nom le définit: celui qui lance r Aurore. Le plus illustre, le plus glorieux des anges. Une créature de Dieu, mais la plus éminente, puisque le Fils est éternel. Comment est-il tombé? Est-ce par orgueil et rébellion, estce par amour et sacrifice? Quoi qu'il en soit, c'est un esprit moins coupable peut-être qu'infortuné, le chef des âmes exilées qui l'ont volontairement accompagné dans sa ruine. Job *, Zacharie; Pierre