Rabastens Rapistagnum, ut Ripa Stagni
tion épanouie en auréole. C'est ainsi qu'il fut probablement sculpté sur le tombeau de Montfort à Garcassoiftie. Baudoin avait épousé une fille de la maison également perfide de Lantrec, et c'est de lui que descendent les vicomtes de Paulin et de Montfa, les vaillants capitaines calvinistes du xvi« siècle qui lavèrent dans leur sang la honte de leur aïeul. Le vicomte de Bruniquel confisqué sur Baudoin fut donné à Bertran, et passa de l'oncle infidèle, au neveu fidèle et loyal, pour la défense de la patrie romane.
Montauban a, dans ses origines, le noyer funèbre de Baudoin, la harpe de Guilhera de Tudeila qui commença son poëme dans ses murs, et l'épée des deux comtes de Foix qui en sont les héros épiques. Montauban, cent ans auparavant, n'était encore qu'un Moustier avec son barri ou faubourg de rile-Amade (Insula-Amata *). Le comte Alphonse fonda vis-à-vis un bourg indépendant qu'il dota de libertés. Ramon VII en investit le comte de Foix pour contenir la fanatique abbaye, faire face à Gahors vendu par un perfide évêque à Philippe-Auguste, et occuper un poste de guerre incomparable au confluent du Tarn, du Tescou, de la Garriga, de l'Aveyron et même de la Garonne. Roger-Bernard posa son camp sur le plateau occidental, et la ville de Montauban se groupa autour d'une église qui, chose significative, fut dédiée à saint Jacques, saint Espagnol ennemi des Français. C'est par les saints que
• 1. Le moyen âge traduit 11$ par insula,-mais ce nom basque signlûe ville, la ville aimée.
Ton distingue les partis au moyen âge comme dans l'antiquité païenne on les discerne par les dieux : c'est une lampe qui dirige l'historien dafts l'obscur dédale des vieux siècles. Roger-Bernard, élargissant les murailles de sa ville florissante par les guerres patriotiques, donna au bastion du sud le nom de Palhars, en souvenir de la Délivrance partie de cette cime catalane. Montauban, ouvert à toutes les églises, se peupla surtout de Vaudois et d'Albigeois; et fut tellement hérétique et patriote, que la croisade et la conquête royale l'enfermèrent dans un cercle de forteresses, la Garde, la Française, la Bastide du Temple et la Gommanderie de Ville- Dieu. Le mariage de Bertran et de Comtoresse, par Bruniquel, Montclar et Salvagnac, assurait au comte de Foix, parent des Rabastens, les clefs des vallées du Tarn, du Tescou et de l'Aveyron, dont sa ville occupait le confluent, car c'est ce que signifie le nom ibère de Montauban, le monticule des Eaux *.
Roger-Bernard, chef militaire du Midi, combattant contre le roi de France avec les comtes de Toulouse, de Gommenges et de Garcassonne, chevauchant le même palefroi de la ligue romane, "
1. Mont est ibère comm« Alba. Alba est traduit en roman par Rio : ainsi Rio-Alb, dans le comté de Foix. Alb est le radical d'une multitude de locaUtés voisines des fleuves Alby sur le Tarn, Albias sur l'Aveyron, Albenas sur TArdèche. Albula est le nom primitif du Tibre (Tarn-iberus fleuve ibère). Alba Longa eat au bord d'un lac , deux Albium étaient sur la plage Ligurienne. Albion ne signifie probablement que la maritime.
paraît être le type de Renaud de Montauban, le héros du roman chevaleresque des quatre fils d'Aimon, guerroyant contre Gharlemagne *.
Le jeune vicomte de Bruniquel conduisit sa fiancée, la vierge de Rabastens, dans son manoir féodal, suspendu, comme son nom l'indique, sur une falaise brunâtre qui surplombe la rive gauche de l'Aveyron. Les comtes de Foix, de Toulouse et de Garcassonne, leurs parents, alliés et suzerains, durent assister à ce mariage tout patriotique et cathare. Toutefois, leur contrat ne porte de noms connus que la signature de Ugo d'Alfar, beau-frère d'En Bertran, et celle de Bernard de Penne, oncle probablement de Na Gondors^. Le prince des troubadours de l'Aveyron, le vaillant et gracieux Jordan, vicomte de Saint- Anton in, revenu vieilli de la guerre et de l'exil, dut être aussi présent à ces fêtes. Jordan était cathare : baron, poëte, amant, comment ne l'eût-il pas été? Un prince est toujours de la religion du peuple qu'il gouverne, de la femme qu'il adore et de l'art qu'il cultive. Or, son peuple était albigeois à ce point que son bourg fut donné à Gui de Montfort, frère du chef de la croisade. Ses
1. Dans sa première défense de Toulouse (1218) Roger- Bernard de Foix élève contre les croisés une barrière sur laquelle il plante l'enseigne de Mont-Aigon. Évidemment c est la bannière de Montauban, son camp du Tarn. Mont- Aigon, c'est Aiga-Mont, et par contraction Aimon, le père de Renaud de Montauban. Guilh. de Tudella. vers 7788 page 528.
2. En, aspiration de Sen, diminutif de Senhor, dérivé du laim Semor et du basque Senarra.-A^a, diminutif de Dona contraction de Domina. En est encore usité dans l'Albigeois!
deux amantes mystiques Tétaient : la première, la tendre vicomtesse de Penne, sur le bruit de sa mort, entra dans l* Ordre des hérétiques; et la seconde, Alix de Gourdon, fille du vicomte de Turenne, était une femme virile et l'énergique compagne du plus redoutable baron delà Dordogne *. Enfin, sa harpe l'était : toute poésie était cathare : poésie, chevalerie, amour, trilogie de Tidéal divin du Paraclet. L'ingénieux vicomte dut présider la réunion des troubadours, si nombreux dans une province placée sous le patronage de sainte Cécile, l'harmonieuse vierge d'Alexandrie, conviés à ces noces albigeoises et venus à la suite des princes dont ils étaient les chantres domestiques.
Les comtes de Toulouse, de Foix et de Garcassonne, qui, par la rupture des négociations, se préparaient, dans l'allégresse même de ces fêtes nuptiales, à de nouvelles et sanglantes guerres, durent inspecter ces châteaux de l'Aveyron sortis des croisades blessés et mutilés comme leurs barons : Peyrusse, Gahuzac, Saint-Marcel, aux sièges si meurtriers ; laGuépie, dont les ruines décorent, de nos jours, leur ravin voilé de chêne et de châtaignier; Najac, encore tout entier sur sa cime battue des vents et des nuées ; Saint- Antonin, disparu de son piédestal de rocher d'Anglars comme rasé par une trombe. Penne dont le temps, comme une chenille, a rongé, mordillé les murailles déchiquetées comme les nervures d'une feuille morte; enfin,
1. Pierre de Vaux-Gernay (ch. 80, p. 304) appelle Bernard de Gasenac, seigneur de Gourdon, un scélérat, et sa femme Alix, une Jésabel.
Bruniquel, Montclar, Salvagnac, dont les manoirs, aujourd'hui détruits, résonnaient alors de chants et de sons de harpes, mais qui vont retentir de bruits de guerre et de cris d'alarme, et seront tout à l'heure les citadelles sauvages des camps de proscrits errants dans les vastes forêts de la Grésigne. L'Aveyron est comme une émeraude liquide qui roule en écumant entre deux montagnes de fer. Sur leurs pitons, des manoirs chevaleresques se dressent, comme des vedettes, dans les nuées; d'innombrables cavernes creusent leurs falaises comme des colombiers sauvages. Les barons habitent les donjons sur les cimes nues; leurs mères, leurs sœurs vivent recluses dans les grottes suspendues sur les déclivités boisées, aux abords du torrent. Les cathares, qui détestaient les monastères, pratiquent le monachisme et le cénobitisme des rochers. Là, vivait une population de vierges et de veuves : elles filaient, tissaient, cousaient des vêtements ; elles récoltaient des fruits agrestes, distillaient des liqueurs cordiales, exerçaient la médecine du corps et de l'âme, lisaient et prêchaient l'Évangile; et le soir, en silence, con> templaient le ciel, ce livre de Dieu I Entre Penne et Bruniquel, sur la rive droite, et vers la cime de la falaise, s'élevait leur métropole. G'est la vaste caverne de la Madeleine toute semblable à une cathedrale\ C'est là probablement que la tendre Aladais, pleurant le vicomte Jordan, se réfugia dans 1 amour de Dieu. Les châteaux protégeaient les grot-