M. le pasteur Bouvier, de Saint-Antonin
tes; les grottes priaient pour les donjons : ces prières étaient aussi des glaives, des glaives de feu dans le ciel*. Les princes visitèrent certainement cette gracieuse thébaïde où respire un charme héroïque et funèbre. Les fôtes nuptiales s'y mêlent maintenant aux austérités ascétiques, mais bientôt des bruits de clairon entrecouperont sinistrement les chants des poètes, et les oraisons des solitaires, et la vallée sainte se transformera en un camp patriotique commandé par le jeune vicomte de Bruniquel et les deux vaillants fils de Tarchidiaconesse de l'Aveyron.
Comme avant la croisade, trois religions se trouvaient en présence dans le Midi : le catholicisme théocratique et romain, le catharisme chevaleresque, le léonisme républicain. Le valdisme avait les cités, l'albigisme les châteaux, le catholicisme les couvents. Le catholicisme avait la plèbe monacale, le valdisme la population urbaine, le catharisme, la noblesse féodale. La guerre n'avait pas changé ces rapports : mais le catholicisme, provocateur de la lutte sanglante, était le vaincu; les deux hérésies restaient victorieuses. Elles représentaient le double élément national; l'autre appelait l'étranger. Le catharisme surtout était le vainqueur éclatant. Il a sacré Tinsurrection romane sur les cimes de Castelbon. Il a ramené sa chevalerie dans Toulouse, et vient de terminer la victoire dans Carcassonne. Mais dans cette revanche héroïque, le vaudois s'est uni au cathare, comme le consul au baron. Le val-
I. Beaucoup de ces grottes ont disparu insensiblement remplies par les stalagmites.
disme bourgeois estl'écuyer de l'albigisme chevaleresque. Ils ont vaincu de concert; ils ont mêlé leur sang; mais unis dans le combat, ils sont divisés dans la paix, comme les nobles et les plébéiens. Le valdisme, biblique et républicain, est sans éclat. HonntHe et ferme, comme la bourgeoisie, il ne fait rien de grandiose. Il n'est que le second du catharisme comme le consulat n'est que l'auxiliaire de la chevalerie. Il est partout, mais partout il disparaît dans le retentissement de la propagande cathare. Son jour n'est pas encore venu: plus sobre et plus solide, il vaincra plus tard; le catharisme finira avec la chevalerie; avec la bourgeoisie et le peuple triomphera le léonisme. Leur aurore se lèvera au xvi« siècle fleurs prophètes seront Luther et Calvin. Les Vaudois cependant se montrent dans les villes les plus patriotes, Pamiers, Montauban , Carcassonne, Avignon, et certainement aussi Toulouse. Mais Toulouse" est surtout la cité Mundina ; elle a vu rentrer dans ses murs, après un exil de vingt ans, Guillabert de Castres, le patriarche albigeois. Bernard de Simorra, le vieil évêque cathare, est aussi revenu dans Carcassonne; et l'archidiacre de Fanjaus et de Mirepois, le fameux Vigoros de Bocona, est allé, en compagnie flePons-Adhémarde Rodelha* le précepteur même et le parent du comte de Foix , réorganiser les églises albigeoises à demi détruites dans la Gascogne et l'Agenais, et certainement reconstituer l'élément national par ordre de ce prince.
1. Le h devant la lettre /, la mouille. Ainsi Rodelha se prononce Roudeilla.
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Le parti caitholique comprenait les prêtres , les moines, la plèbe, les partisans de la croisade. C'était le parti vaincu, mais terrible encore par le nombre, la vengeance, sa cupidité féroce, son fanatisme sombre, ses barbaries inexpiables. Il rugissait sourdement ; vaincu, il appelait des vengeurs; étranger ou transfuge, il implorait l'étranger^ le roi de France, le pape de Rome. Montfort avait jeté aux évêques, aux abbayes, aux chefs croisés, de vastes lambeaux du territoire conquis, pour consolider sa conquête. Les seigneurs romans victorieux ressaisirent leurs terres, leurs châteaux, leurs villes usurpées. De là des luttes encore au sein de la paix et comme un prolongement de la guerre. Les ravisseurs durent se dérober aux représailles des légitimes possesseurs, et se cacher dans les bois et Tes cavernes. Les évêques de la croisade s'enfuirent devant la victoire comme une nuée d'oiseaux effrayés. L'archevêque deNarbonne et ses suffracrants les évêques d'Agde, de Béziers, de Nîmes, d^'e Maguelonne, a^rec les chefs des monastères, se réfugièrent à Montpellier, oasis catholique, dans le Midi cathare, sous lo sceptre du roi d'Aragon. De cette ville, ils écrivirent au roi Louis, le dernier bulletin de la croisade, en faveur de son chef, Amaury de Montfort*. Amaury, qu'ils attendaient comme leur messie ne revint pas, au printemps. Ramon VII, à l'expiration de la trêve, reprit Agde, et saisit Loupian et Marseillan, châteaux de l'évêque. Le dimanche des Rameaux (7 avril 1224), les hérauts du