FONDATION DE L'ORDRE DOMINICAIM
Dominique, on le voit, est le Simon de Montfort de la prédication. Sa mission fut un auxiliaire de la conquête. On prétend qu'il est resté étranger à la croisade ; mais ne voit-on pas que son ordre est né de la croisade, qu'il fut une croisade de prédication d'abord, et plus tard une croisade de procédure et de torture? Il est vrai qu'il figure peu dans la guerre, car ce missionnaire si intrépide paraît ne pas avoir eu le courage belliqueux des prêtres espagnols. Il marche enveloppé du tourbillon de poudre et de bruit ; il demeure invisible dans la nuée de sang et de larmes. Cependant, monté sur sa mule, il chevauchait dans les dangers, à côté de Montfort. Quant le roi d'Aragon, vainqueur de l'Islamisme, passa les Pyrénées, pour combattre la croisade, Dominique, à cette heure suprême, en compagnie des abbés et des évêques
bientôt pour causer avec Vétranger, s'appelait Savari, Eau de montagne. Ne pouvant répondre à mes questions, ils me proposèrent de me conduire chez un savant qui connaissait toutes les antiquités de Fanjaus. Je trouvai un petit vieillard pétulant et pétillant comme une allumette chimique. Sa loquacité fit d'abord explosion; mais dès qu'il sut de qui j'étais l'historien, il se tut et resta- inexorablement muet. Il avait vu se dresser devant lui l'ombre de saint Dominique. Ce libre esprit perche rue d'En Guittard. (Don Canard.)
du Midi, suivit le héros catholique de Fanjaus à Bolbone, et de Bolbone à Muret, où, dans la pensée de tous, devait succomber Montfort. Dominique priait dans Téglise, invoquait le secours du Dieu des armées. Il poussait des hurlements d'effroi en entendant les coups de lance et de hache retentir comme les cognées des bûcherons sur les chênes des forêts K Au retour inespéré du vainqueur, les hurlements des prêtres et des moines se changèrent en cantiques de victoire. Ils célébrèrent la patrie romane tombée dans ces plaines fatales, et ils insultèrent par un Te Deum impie à son glorieux cadavre. L'église de Saint-Jacques de Muret, témoin de ce lamentable triomphe, existe encore, construite en briques, et toute rouge comme teinte de sang par la vapeur du champ de bataille. La tour de son clocher de forme octogone, percée de fenêtres à ogives géminées, porte à son sommet, d'où s*élance une flèche aiguë, un collier circulaire d'animaux fantastiques. Ces gargouilles semblent faire effort pour dégager leur croupe captive et se précipiter d'un bond dans le.vide ; ce sont des boucs, des béliers, des dogues, et, le plus hideux de tous ces monstres, un moine béant, arrecto génitale, et dans le plus superbe transport de rage erotique. Serait-ce le catharisme qui, par une triste revanche de la bataille, aurait scellé dans ce mur ce satyre monastique, et déployé la turpitude claustrale jusqu'au plus haut des airs?
Lorsqu'en 1215, Montfort entra dans Toulouse,
i. Guilh. de Puil. ch.xxii.