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LIVRE SIXIÈME

la propagande populaire des johannites. Il mit au service de l'Église de Rome les forces d'intelligence et d'éloquence de l'Église du Paraclet. L'institut de Prouille ne fut donc que la reproduction catholique et constituée avec la vigueur romaine, des hospices fondés par Esclarmonde au Gastellar de Ramiers, et transférés par Guillabert de Castres sur la cime sauvage de Montségur.

Fanjaus est resté comme un fief monastique de Dominique de Gusman. La vieille cité, marquée de son sceau tragique, en montre à tous les carrefours les fameux symboles, la brebis et la croix. Cette brebis abattue et comme transpercée de l'épieu d'un chasseur, n'est qu'un trop fidèle emblème de son peuple devenu un agneau de boucherie. Au XII® siècle, Fanjaus avait une nombreuse chevalerie avec un fort consulat plébéien qui gouvernait la cité sous un riche et brillant seigneur féodal. Isarn et Auda de Fanjaus voyaient arriver à leur cour des barons, des dames, des troubadours, le vicomte de Carcassonne, les comtes de Foix et de Toulouse, les rois d'Angleterre et d'Aragon. Ils y présidaient des tournois, des plaids d'amour, des synodes théologiques. On y soutenait des thèses de sentimentalité platonique et de religiosité platonicienne. Fanjaus, siège de l'archidiacre,* était une métropole secondaire de l'Église du Paraclet. Sur sa montagne dentelée de la crénelure de ses murailles, Fanjaus resplendissait dans les airs comme une corbeille en fleur de civilisation chevaleresque et de perfection cathare. Six siècles sont passés : Fanjaus, dépouillé de ses murailles par le roi de France, de sa cheva-

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lerie par la croisade, de son albigisme par Tinquisition, de sa civilisation par le fanatisme, et de tout le reste par le temps; Fanjaus n'est plus qu'un gros bourg rustique, perdu dans les terres, d'un aspect délabré, et qui ne montre au voyageur que deux choses également sinistres, son cloaque des druides, et le berceau des inquisiteurs. D'où lui vient cette irréparable déchéance? Du moine espagnol, son druide catholique. Dans son délire insensé, Fanjaus adore Dominique, son meurtrier ; reconstruit Prouille, son vampire ; glorifie la croisade qui lui a tout ravi jusqu'au souvenir national. Fanjaus ne se souvient plus de sa gloire romane. Chose plus triste encore, il maudit peut-être ses magnanimes aïeux. Civilisation, patriotisme, honneur, héroïsme, liberté, tout cela n'est plus que de l'hérésie. Que Fanjaus pourtant, ou plutôt que le midi tout entier, dont Fanjaus est l'exemple le plus lamentable, le sache bien. Il est des déchéances méritées et des hontes expiatoires. Cependant le souvenir national regerme dans quelques cœurs. Pendant que je visitais le monument de saint Dominique, et que je lisais son inscription légendaire et fabuleuse, un laboureur arriva sur ce plateau désert. Je lui demandai le nom de ce carrefour marqué d'une croix ; il me répondit en roman : c'est le Sengnadour ou plutôt, ajouta-t-il avec un sourire amer, le Sangnadour. C'est effectivement le calvaire de Fanjaus*.

1. Senhador, sengnadour, lieu du signal; sangnadour, lieu du sang. Je regrette de ne pas avoir retenu le nom de ce vaillant laboureur. Son aimable compagnon, accouru

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