LIVRE SIXIÈME
monde en conquérants, et leur aurait partagé les royaumes de la terre. Tout cela n'est que de l'emphase espagnole et de la jactance romaine.
Dominique quitte la Gaule. L'ordre dominicain se disperse, mais comme une semence vivace portée parles vents, il se propage en France, en Espagne, en Allemagne, en Italie. Son patriarche errant se dirige vers Rome; saint Pierre et saint Paul lui apparaissent : saint Pierre lui présente un bàtoja de voyage, verge à la fois et sceptre; et Saint-Paul lui offre ses épîtres, source de toute doctrine et de toute prédication. Dominique entend ces symboles. L'humanité étouffe dans le cloître; elle a soif de parole et de liberté ; muni du bâton et de l'évangile, il va de contrée en contrée. Il prêche partout, et partout établit son ordre de prêcheurs et de prêcheresses, A son institut demi-laïque il adjoint le tiersordre, dans lequel il enrôle la multitude, la tourbe populaire, altérée de sang cathare, immense armée de laïques recrutée des débris féroces des croisades, sous le nom de milice de Jésus-Christ *. La croisade expirante renaissait dominicaine. L'Ordre existait dans toute l'Europe, quand Dominique, à l'âge de cinquante-un ans, mourut à Bologne. Le cardinal Ugolin qui vint présidera ses funérailles, dit : je ferai asseoir ton ordre avec moi sur le siège de Saint- Pierre, et je te ferai un trône de béatitude et de gloire jusque dans le ciel.
1. Dominicus praedicans... in adjutorium sumpsit quasdam devotas personas quae corporaliter illos hoeriticos gladio materiali expugnarent quos ipse gladio Verbi Dei amputare non posset. Antonin de Florence.
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Tel fut don Domingo de Gusman, un chevalier espagnol, un hidalgo de Castille, crâne étroit, mais noble et fier, aride comme son sol, ardent comme son ciel impétueux comme les vents de ses Sierras. Castillan, élevé dans une lutte héréditaire contre l'Islamisme, sa foi fut un combat, et il porta dans cette croisade de prédication un mélange héroïque d'aventure, d'opiniâtreté ibérienne et de tempérament africain. Il fut moins une intelligence qu'une parole, moins une parole qu'une volonté, mais parole et volonté de fer. Son œuvre n'est point une réformation mais un puissant réveil dans une répression tragique. Tout Dominique est dans son portrait liiératique : Stature moyenne , tête courte, front épais, face ronde, nez concave quelque chose de plat, mais de fort, de tenace de pu anace comme il convient au bouledogue du Seigneur, dont iî avait adopté le symbole. Le céleste pinceau de Fra Angélico n'a pu complètement idéaliser sa figure anti-mystique. Le nimbe et le manteau étoile ou fleurdelisé ne relèvent qu'à demi son air commun mélangé de l'écolier de Salamanque et du héros de la Sierra Moréna. Le moyen-age 1 appelait • l'Ange à la faux tranchante, et 1 armait d un glaive. La Renaissance à mis dans la main de ce moissonneur un lis épanoui, emblème de loblation de son cœur à la Vierge ou plutôt de 1 aUiance de son ordre avec la monarchie de France .
Toutefois il faut distinguer Dominique de 1 ordre dominicain. Il est arrivé au fils de Guzman ce qui
1. Portrait de Dominique, en tête de sa biographie par Lacordaire. et sa statue au fronton du couvent dommicain de Mazères.