LIVRE SIXIÈME
arrivera plus tard au fils de Loyola. Les deux Ibères, le Castillan comme le Gantabre, étaient d'une nature ardente, chevaleresque, et pleine d'enthousiasme. Mais Rome a enlevé à leurs ordres respectifs l'âme de leurs fondateurs ; et leur a substitué son âme glacée, formaliste, implacable, son âme de juriste et de despote du Bas-Empire. Dominique, assurément, ne fut pas, selon le symbolisme de son nom Vhomme du Seigneur, Il n'a rien de la mansuétude ineffable du Christ. Pourtant quelque chose de grand et de fier palpite dans ce Castillan. Il a vraiment le tempérament oratoire, et la fibre populaire. Il est un prédicateur et le patriarche d'un ordre de prédicateurs. Mais Rome leur arrache leur âme éloquente et biblique. Elle leur infuse son génie formaliste et dominateur; elle remplace entre leurs mains l'évangile par le code romain ; elle leur inculque les subtilités savantes et la procédure sophistique du siècle de Justinien. Ces prêcheurs, seront les bourreaux de la parole, leurs sermons ne seront plus que des tortures, et la chaire de Dominique va se changer en un tribunal du temps de Tibère. De là, sous le même nom, une double filiation, l'une généreuse et l'autre horrible, la première aboutissant à Savonarole, et la seconde à Torquemada. Et nous concevons que le Dante ait mis dans la bouche de Saint-Bonaventure, un cantique en l'honneur du Champion que l'empereur éternel envoya pour relever le cœur de Vost qui marchait lentement et lâchement^ et désertait la bannière du Christ *.