‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 365 sur 922 · Martène, t. I, p · texte numérisé non relu

Martène, t. I, p

du fort Saint-Marcel, célèbre par sa résistance héroïque. Le comte concéda paternellement à ces victimes de la croisade les libertés les plus étendues, même celle de chasser le gibier de ses forets. Cordoue était évidemment une arche cathare, un refuge de déshérités, un abri après la tempête. La pensée de son fondateur rayonne sur Técusson qu'il lui donna : la porte féodale surmontée de ses trois tours, marquée de la croix de Toulouse, avec cette légende : Pro Ghristo. Plus tard, le roi de France ajouta : et pro rege, avec son symbole de servitude, la fleur de lys capétienne* .

La jeune Gordoue romane, cinq ans après sa naissance, était déjà tellement forte et guerrière qu'assiégée par Imbert de Beaujeu, elle repoussa le sénéchal français. Mais victorieuse par les armes, elle fut vaincue par les traités, et livrée à la paix de Paris. La reine Blanche qui stipula la destruction de la Guépie et d'anciennes cités albigeoises, exigea la conservation de Gordoue, et, pendant dix ans, l'occupation de ses tours par des hommes d'outre-Loire. Le château reçut donc un capitaine français qui tendant la main à l'évêque d'Albi, aux deux Montforts de Lombers et de Gastres, complétait la ligne des campements de la croisade et de la monarchie. Mais au-dessous du donjon royal, la montagne tordait à ses flancs deux ou trois zones circulaires de faubourgs séparés par les spirales crénelées de leurs fortifications où pullulait une population d'anciens faidits des bois. La colo-

1. Compaïre, armes de Cordes. Mérimée, voyage dans le MidL iniiisoii de chasse de Uamoii VII •

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nie/ agricole en même temps qu'industrielle, cultivait les chanvres dans les plaines qu'arrose le Saret, les rouissait dans les eaux de ce gave, et les filait et les tissait dans ses murs devenus une vaste manufacture de toiles. Le catharisme soumit cette population d'ouvriers à sa discipline ascétique et transforma cette immense tisseranderie en un séminaire immense de prédication et de propagande, dirigé par un tisseur suprême, le parfait Sicard Figueyras, parent d'un populaire et tragique troubadour de Toulouse. Les inquisiteurs d'Albi éventèrent, au parfum de son miel, cette ruche d'abeilles johannites. Ils se présentent aux portes de la cité ; ils s'engagent dans le tortueux dédale de ses ruelles en cascades ; ils menacent de brûler les vivants et d'exhumer les morts*. Ges ouvriers, furieux, naguère proscrits dans les bois, échappés aux incendies de leurs villages et aux destructions de la croisade, arrachent ces moines aux mains des soldats français et massacrent ces prédicateurs du grand massacre. Il les jettent dans un puits, lambeaux sanglants, vivants cadavres. Le roi exigea sans doute du comte le châtiment des meurtriers. La maison d'Elva, séminaire de tisseurs, resta détruite. Les élèves se dispersèrent dans les forêts ; Sicard leur maître se retira probablement au camp d'Hautpoul, et l'un des chefs de l'émeute Imbert de Salas, gagna le refuge lointain de Montségur*; Beaucoup furent attachés aux gibets, et

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