LIVRE SIXIÈME
calmer son ressentiment. « Mon injure, répond le moine subtilement implacable, je l'oublierai volontiers; mais je ne puis ni ne dois oublier l'injure de l'Église et du pontife romain. » Il dut se laisser pourtant fléchir par l'évêque, dont l'intervention pacifique assoupit l'orageux frémissement de la cité*. Pelisse et Catala, ou deux de leurs collègues inconnus, ne tardèrent pas à recevoir le châtiment mérité de leur fanatisme barbare. Le comte Ramon VII, pour réparer les ravages de la croisade, avait fait construire plusieurs cités, et de ce nombre, entré le Tarn et l'Aveyron, une ville favorite qu'il nomma Gordoue, comme on trouve dans les environs Valence et Pampelune, en souvenir de l'Espagne, antique berceau des races ibéro-romanes. Un château, percé de deux portes et flanqué de trois tours, hérissa, de son enceinte crénelée, le sommet d'un monticule de terre conique do'nt les toits, qui bientôt en dentelèrent les abruptes déclivités, imitaient au moyen âge les écailles d'une gigantesque pomme de pin. En dehors delà forteresse s'éleva une maison de chasse d'une suprême élégance gothique, et toute sculptée de chiens, de faucons, de piqueurs donnant du cor, et poursuivant les cerfs et les sangliers eff'àrés, images en pierre des délassements que le prince espérait trouver dans ces lieux sauvages. D'autres seigneurs albigeois vinrent y grouper leurs demeures féodales, au-dessous desquelles se pressèrent les huttes des faidits expulsés des villes à demi détruites de la Guépie, de Gahuzac et