‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 377 sur 922 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

Mélina présidait un ouvroir de vierges dans les grottes voisines de son château de Pradélas. Guilhelma de Falhent vivait solitaire dans une cellule de feuillage près de la fontaine de Falgairac. D'autres erraient à cheval de forêts en forêts avec une escorte chevaleresque : ainsi la vieille Orbria, sœur de Guilhabert de Castres, vint dans les bois de Bolbona, près de Montault, et de là au bocage de Puivert d'où Loup de Foix, chevalier errant de l'église du Paraclet, la reconduisit à Montségur *. Les Albigeois donc furent tous à leur poste d'apostolat et de martyre. C'est alors que périt le fameux Vigoros de Bocona, le disciple d'Esclarmonda de Foix, l'apôtre de la Gascogne et de l'Agenais. Évêque du Rasez probablement et de la région septen- • trionale du Carcassez, il venait de temps en temps reprendre haleine sur les terres du comte de Toulouse moins tourmentées quecelles du roi de France. Ainsi que Jordan de Lantar,il prêchait fréquemment dans les derniers jours, à Laurac, Pech-Lunar, et Gajan-la-Selva. La vaillante épée de Pierre de Mazerolles et de Pons-Adhémar de Rodelha qui faisait la garde autour de lui, ne put le sauver des lynx de l'inquisition. Vieux et fatigué, il ne lui restait plus, pour couronner son apostolat, que de porter la vigueur de son âme sur le bûcher, ce qu.'il fit vraisemblablement à Toulouse.

Un jour Mancip de Galhac-Tolza, châtelain du comte à Fanjaus, suivi d'une troupe d'archers et

i.Hist. du Lang., t. VI, add.. liv. XXV, p. 3L Manuscrits de Toulouse.

de cavaliers, envahit, en appareil de guerre, la paisible et silencieuse solitude de Montségur. Au nom du comte Ramon, il réclame impérieusement l'extradition de Joan Gambiaïre, fils majeur de Guilhabert de Castres, et celle de trois parfaits, ses compagnons. Les chefs étaient absents : le camp des faidits ne résista pas, et les victimes, libres de chercher leur salut dans les bois, tendirent, à ce qu'il paraît, leurs mains aux fers. Seulement un messager courut en avertir Arnaud-Roger, à Cuella où il inhumait son beau-frère Isarn de Montservat. Le chevalier s'élança sur la trace des archers, mais ne put délivrer les captifs, et rentra désolé à Montségur * . Un mystère est au fond de ce forfait. Sur qui doit retomber ce sang? Est-ce sur le comte? Est-ce sur Tévêque? Est-ce sur Mancip • de Gaillac? Est-ce pour de tels coups de main que le traître Mancip avait remplacé le noble et patriote Pardo? Une seule chose est certaine, le supplice des Purs. Conduits à Toulouse, à travers les prières des peuples éplorés, les captifs de Montségur confessèrent le Consolateur, au Pré-du-Gomte, devant la basilique de Saint-Saturnii;i.

Alors périt aussi Guilhem de Lantar, beau-frère de Ramon de Perelha. Guilhem est un héros des guerres nationales. Il suivait toujours son oncle et son modèle l'illustre Amauld de Villamur, seigneur de Saverdun. C'est ainsi qu'il figure à la bataille de Raziéges, au siège de Reaucaire, et aux deux sièges de Toulouse. Au dernier où fut repoussé,

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