LIVRE SIXIÈME
après quarante jours de combats, le fils de Philippe- Auguste, il se sépara de ses frères qui défendaient la Larbacane de Saint-Etienne, au levant. Il combattit, au couchant, à la barbacane d'Arnauid- Rernard, avec son oncle, Arnauld de Villamur, riche, vigoureux et sage, le vaillant Guilhem Rernard d'Asnava, beau-frère de Loup de Foix, et Guilhem Arnaudon, l'ingénieur des machines. Après la victoire, il devint évêque. fut pris dans les bois du Lantarais, et confessa sur le bûcher la foi du Paraclet. C'est à Toulouse, sur le Pré-du-Gomte, tant de fois témoin de ses exploits, qu'il obtint dans les flammes ce dernier triomphe de la mort. Cadenet, son troubadour, se réfugia dans l'ordre de Sainte Jean de Jérusalem, probablement au couvent de l'Hospitalet dansles Pyrénées*. C'est dans les forêts du Peymauri, aux sources de r Ariège, qu'il pleura son maître infortuné et que, dans la tourmente, il trouva son port. Admirable symbolisme des Ibères qui plaçaient leurs refuges non dans les golfes des plages, comme les marins, mais sur les cimes, sur les neiges, et dans l'azur voisin du port éternel.
Le supplice de Cambiaïré et de ses trois compagnons fut probablement, de la part de ce faible et déplorg,ble prince, une expiation du courage des Capitouls, et un gage de réconciliation avec Grégoire IX. Sa pusillanimité fut, il faut le croire, poussée à cette cruauté par la servilité perfide de Mancip
1-. C'est de Guilhem de LaQtar que Cadenet était le troubadour et l'acolyte, et non de Jordan, évêque aussi, mais qui ne fut pas martyr.
n4 LES ALBIGEOIS ET L'INQUISITION
de Galhac, secrètement vendu à l'évêque qui corrompait tous ses bayles de Fanjaus. Ramon du Falgar s'était rendu à Rome ; il exposa au pontife, comment l'évêque, le tribunal de l'inquisition, et tout l'ordre dominicain, avaient été expulsés de Toulouse. Grégoire écrivit au comte une lettre menaçante : il lui rappelle ses attentats, ceux de son viguier, ceux des capitouls; il lui commande d'en faire une réparation solennelle, et de ne plus différer son voyage d'outre-mer; avec les consuls de Toulouse. « Faute de quoi, ajoutaitil, nous ordonnons à notre légat de t'y contraindre par les censures ecclésiastiques, et de faire publier, tous les dimanches et jours de fête, dans toutes les églises de sa légation, au son des cloches, et à cierges éteints, lesdites sentences d'excommunication jusqu'à ce que tu aies fait une satisfactionconvenable* . » Le pape, en même temps, ordonnait au roi de France, de forcer Ramon de passer dans la Terre- Sainte, et d'envoyer le jeune comte Alfonse, âgé de seize ans, prendre l'administration de la cité et du territoire de Toulouse. Quelques mois après, ce prince capétien fut uni, malgré l'âge et la parenté, à l'infante Joana, héritière de la maison de Saint- Gélis, et le mariage de ces deux enfants recommença le supplice des peuples dont un décret pontifical les déclarait les souverains (1 236) *.
Le comte Ramon voyait bien qu'en se rendant en Orient, il livrerait, par son absence, son peuple