‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 383 sur 922 · Troubadours : Figueyras, Germonda · texte numérisé non relu

Troubadours : Figueyras, Germonda

L'exemple de Montpellier console au miUeu de ces horreurs, mais les consuls de Toulouse donnent un spectacle sublime. Contraints de subir l'inquxsi tion ilsrefusent d'exécuter ses jugements, de trem" per leurs mams dans les larmes et le san.. de leur, concitoyens. Ils restent immobiles, et se y"? lent la face pour ne pas voir l'abaissement et le" désespoir de leur patrie. On dirait de vieux Ro! mains de la Rome consulaire luttant contre la Rome impériale et théocratique. Ils luttent avec modération contre un pouvoir immodéré d'un orgueil gigantesque, et d'une audace satanique Ils combattent, pour le droit, l'humanité, la nature" contre un pouvoir échappé de la loi, élancé hors dé humamlé précipité au delà de la nature, et de toute manière sorti de Dieu. Ils furent vaincus dans leur ville et dans leur temps, mais ils sont vainqueurs dans le monde et dans les siècles. Les fas es consulaires de Toulouse sont interrompus à cette époque de douleurs de l'héroïque cité romane. Mais SI Toulouse asservie, dominicaine et théocratique, épouvantée de la gloire de ses consuls, a de ses mains avilies déchiré ses glorieuses annai;s ; ou SI Dieu la jugeant indigne d'être la mère de ces magnanimes citoyens, a commandé au temps de retrancher leurs noms, c'est sa honte ineffaçable et eur immortelle gloire. S'ils ne sont pas inscrits en ettres d or ces noms illustres et vénérables, dans le Capitole de marbre de la cité, l'Jiis toire les gravera en traits de feu, sur les arcs de triomphe de son Panthéon. Leur absence même les fait d'autant plus vivement resplendir à nos regards attendris et re-

connaissants. Ce sont les Maurand, les Roaïx, les Barra vi *, les d'Alfar, les Toulouse. A cette époque môme nous voyons les chefs de ces grandes races consulaires se rendre à Montségur, et demander la paix, la liberté, la consolation à la montagne du Paraclet .

1* Barravus est le nom latin de Barraou, en français Barrau. Ce nom illustre existe encore dans le Tarn.

2. Je ne veux pas aller plus loin sans exprimer ma vive gratitude à monsieur Baudouin, archiviste paléographe de la préfecture de la Haute-Garonne. Cet érudit, par la communication de ses propres études sur les Albigeois, et des copies, malheureusement inachevées, qu'il a faites des registres de l'Inquisition, déposés à la bibliothèque de Toulouse, m'a aidé à soulever le triple voile dont s'enveloppe ce sphinx du moyen âge. l'écriture gothique, les signes abréviatifs et l'ombre des siècles.

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MARIAGES A MONTST'CITR — PHIIIPPA IT AI.FAIS DE PERELLE ÉPOUSENT DEUX FILS DE BÉLISSEN. — ARNAULD-SAKCHE DE RABAT, PIERRE-ROGER DE IIIREPOIS. — RAMO> D'ANIORT. — ROINE DES FILS d'iMPÉHIA, US SB RÉFUGIENT SLR LE TUABOR.

Détournons-nous un instant de toutes ces horreurs. Fuyons avec les proscrits éperdus vers les Pyrénées, vers les Alpes. Les antres des ours sont moins inhospitaliers que'les cavernes des inquisiteurs dominicains. Faisons halte dans ces lieux mêmes où ces fugitifs cherchèrent le repos, près des neiges du Thabor, sous les noirs sapins de Montségur. Reposons-nous dans leurs solitudes saintes, dans leurs fêtes pieuses, dans leurs joies mélancoliques. ^

En effet, beaucoup de faidits, échappés aux cachots, aux bûchers de Toulouse, de Carcassonne et d'Albi, tombèrent inopinément au milieu des fêtes nuptiales de Montségur. Ramon de Perelle, le chef des proscrits du Thabor, mariait ses deux filles, Philippa et Alfaïs, à deux jeunes chevaliers pyrénéens. Ces unions furent évidemment Tœuvre

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du comte Roger-Bernard et de Guilhabert de Castres, qui tachaient de relier en 'faisceau les débris des grandes maisons romanes pour la défense de la nationalité du Midi et de l'Église du Paraclet. Eh quoi! dira-t-on, le mariage n'est-il pas réprouvé par les cathares? —Parles parfaits, mais nullement par les croyants , et les simples fidèles . Les Albigeois étaient johannites,etle mariage est partout glorifié dans l'évangile del' Apôtre-Vierge. Jésus assista aux noces de Cana: il prend lui-même le titre d'époux, et donne celui d'épouse à l'Église, et l'union de l'Église et du Christ, préconisée par saint Paul comme le symbole du mariage chrétien, était parfaitement acceptée par les Amis de Dieu. Il est vrai que les Vierges seules accompagnaient partout les pas de f Agneau (Apocal., XIV, 5). La virginité mystique de l'àme était donc le sceau de la perfection johannite, et le célibat formait l'apanage du sacerdoce du Paraclet. Encore le célibat cathare était-il moins étendu que le catholique, puisqu'il rejetait le monachisme, et que, tout en s'isolant, il ne rompait jamais entièrement avec le monde. Nous ignorons quel est le rite du mariage albigeois. Il se bornait sans doute à une bénédiction de l'évêque, à la lecture du préambule de l'Évangile, et à une courte exhortation sur les devoirs des époux, comparés à l'Église et au Christ (Eph. vi). Puis des vœux tirés des psaumes de David *. « Que ta femme soit dans ta maison comme une vigne chargée de grappes ; que tes filles entourent ta table comme de tendres tiges

1. Les Albigeois aimaient David, à cause de la tendresse de son génie.

d olivier; que tes fils vaillants garnissent tes tours comme es flèches d'un carquoisl . (Ps. 127 e m Cette cérémonie eut lieu, cette fois, par le miS tere de Guilhabert de Castres, dans a grande saTe capitulaire de Montségur.

dansTa nlT ••'""'' ^^'^''' pyrénéens, dépossédés dans la p aine mais puissants encore dans la montagne, sollicitèrent l'honneur d'épouser les fiUes du grand chef desproscrits du Thabor. deux nob es

£ berutrdfd'f "'"''^* ' ^^"" "^"-^^ «ï"'"-^ tvr. Ph ;■ ^l^°"«°^^°t. d'héroïsme et de martyre. Phihppa de Perelle, probablement l'aînée

Sr^^^rrr" Plerre-Rogerde Mirepois, chef des Fils de Belmen: et Fais ou Alfaïs fut accordée à son parent Arnauld-Sanche de Rabat, issu d une branche féminine de Mirepois par A;a de B^s! sen qui, dans le siècle dernier, était entrée dans cette maison romano-mauresque du Sabartez. Nous avons vu Ramon-Sanche, petit-fils d'Ava, et cos igneur de Laurac, escorter naguère le sacerdoce albigeois dans sa seconde ascension à Montsé<.ur Ses trois fils, Arnauld, Guiraud et Ramon, étafeit des chevaliers de la Montagne Sainte et de la Roche du

Alfais al héritier de Rabat, acquérait une vaillan te épée. l'alliance d'une famille encore put des comte?.! '''^"'°'' ««"«idérable dans le conseil

Le donjon arabe de Rabat, berceau de ces émir, PJ reneens, s'élevait sur une cime latérale à l'ouesî

M. Ad. Garrigou, le Sabartez.

186 LhS ALBIGEOIS ET L'INQUISITION

de Tarascon. Leurs vastes domaines s'étendaient jusqu'à la Catalogne, comprenant le Sabartez occidental, tout ce massif de montagnes qui versent dans l'Ariége les gaves d'Auzat, de Siger, d'Astou, du lac des Ours : pâturages immenses où leurs troupeaux de brebis, de vaches, de cavales, erraient jour et nuit pendant l'été, sous la garde de bergers farouches et de chiens énormes, aux pieds éperonnea (armés de doubles ergots) et à la queue fourrée, tombante sur les jarrets, et roulée en peloton. Les tours de Rabat, sous Alfaïs de Perella , furent donc albigeoises, et quand leurs portes se fermeront aux proscrits, la grotte voisine de Bédaillac leur ouvrira ses entrailles. Ses vastes nefs, semblables à des cathédrales et à des mosquées où le caprice vagabond des génies aurait, avec les larmes congelées de la roche, filé, pétri, sculpté les plus merveilleuses arabesques, les dédales les plus fantastiques, seront le dernier sanctuaire mystérieux et sauvage où s'éteindra dans l'ombre l'église du Paraclet.

Non content d'accuser les Amis de Dieu de condamner le mariage, on les accusait encore d'interdire la génération. Rien de plus faux : l'albigisme seulement resta dans les limites de saint Augustin. « Le bonheur, dit ce père, consiste moins à accroître par la chair le nombre des mortels, qu'à imiter dans la chair la vie des Anges ; non à engendrer pour la terre par les entrailles, mais à enfanter par les prières pour le ciel *. » Le catharisme fut encore en ceci moins exagéré que le catholicisme du

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