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Tradition de la vallée de l' Arise

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Ramon de las Bordas, Pierre de Durban, ardents traqueurs de loups et de sangliers, et tout à l'heure héros de la grande épopée romane. Ils lancèrent un loup énorme qui tourna vers le sud et fut abattu sur les coteaux voisins de TArise dont les bassins aujourd'hui desséchés formaient alors des lacs et conservent encore les noms de Leucata et de las Lacas. Le comte coupa la tête de l'animal et disparut dans la vapeur du soir et le fourré des bois. Il suivit à Touest le cours du ruisseau qui descendait des étangs, et vint, sur la brune, frapper à la porte du monastère des Salenques, ancien manoir romain et goth, transformé en couvent par les Francs deClovis. Félix, un saint espagnol, était le patron indulgent du voluptueux cloître. Sa. félicité s'épanouissait dans un verger de pêchers, de figuiers et de vignes dont le soleil mûrissait et parfumait les fruits au pied des neiges éternelles des Pyrénées. Roger-Ramon y passa la nuit, et, telles étaient les mœurs féodales et monastiques de ce temps, la jeune et belle abbesse des Salenques, mit au monde un fils qui reçut le nom de Loup en souvenir du monstre dont le comte avait cloué le mufle sur la porte du monastère *. Plus tard, elle

1. Gomment Loup de Foix put-il naître en 1200, dans un couvent qui ne fut fondé que cent cinquante plus tard par Éléonore de Gommenge, mère du comte Gaston-Phébus? C'est que cette fondation ne fut évidemment qu'une restauration et une restitution de Tancien monastère mérovingien. En voici trois preuves : des fragments de sculpture romane de beaucoup antérieure au xivo siècle. L'invocation de saint Félix, saint espagnol dont le patronage a été choisi

donna encore le jour à une fille qui fut appelée Esclarmonde. La vicomtesse de Gimoez fut sa marraine : la comtesse Philippa devint la mère des deux orphelins ; elle adopta ces deux enfants de son époux, qu'elle aurait dû porter dans ses entrailles, et qui n'étaient issus de la licence féodale et de la corruption monastique que parce qu'elle était entrée ' par son veuvage volontaire dans les austérités de la vie cathare. Ces deux pieuses princesses résolurent de faire tourner ces désordres du siècle à la gloire du Paraclet ; et ces deux enfants, nourris parmi les bergers, furent bientôt conduits au Castellar de Pamiers, reçus même au château comtal et reconnus enfin comme infants de Foix.

La croisade arriva et dispersa les nonnes des Salenques. L'abbesse, convertie au catharisme, se réfugia à Montségur où même elle devint diaconesse du Paraclet. Elle y trouva ses enfants auprès de leurs mères adoptives, Esclarmonde et Philippa. Probablement, ces orphelins ne connurent jamais que leurs mères selon la grâce, et reçurent comme d'une étrangère les baisers de leur mère selon la nature, dérobée sous le mystère de son péché; et leur insensibilité compléta le châtiment de ses remords. Ils grandirent dans les grottes des Saints;

dans un temps où la vallée adhérait encore à l'Espagne. Enfin le hameau des colons, les Manses (Mansiones) dont le nom remonte à la basse latinité. Il en est de même de TAgrémonal (Ager monialis) et des Bourrex (Boni Regulœ), villages des serfs monastiques de Saint-Pey et de Porte- Cluse; ainsi nommés à une époque où le latin était encore la langue de l'Arise.

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lift LES ALBIGEOIS ET L'INQUISITION

la petite Esclarmoade resta sous les ailes de sa grande marraine. Mais le jeune Loup, de sang belliqueux, suivit probablement le comte son père dans Texil de Catalogne, revint avec les barons expatriés, et concourut aux guerres libératrices dont il fut la grâce héroïque et le triomphe adolescent. Après la victoire du Midi, le couvent ravagé des Salenques rentra dans le domaine comtal, Ramon- Roger en fit l'apanage des deux enfants qu'il avait eus de Tabbesse. Or, qui était cette belle et trop tendre cénobite ? N ul jamais ne Ta su ; on sait seulement que son péché ne fut égalé que par son repentir : mais on suppose que c'est Ermengarde du Telh, désignée maintenant poursuccéder à la vieille Esclarmonde de Foix, comme archi-diaconesse de Montségur * .

Le grand comte Ramon-Roger, blessé au siège de Mirepois, mourut dans la pleine victoire du Midi, mais avant d'avoir pourtant reconquis son donjon de Foix (1222). Il mourut au Castellar dePamiers, et bénit, avant d'expirer, le mariage de Loup, ce fils chéri de sa vieillesse qui, dès l'adolescence, épousa Honora de Durban, et par cette union entra dans la tribu des Bélissen. Esclarmonde, sa sœur, était trop jeune encore pour prendre un époux : elle s'y refusa longtemps par amour de la virginité et par sentimentalité platonique et johannite. L'infante devait avoir plus de trente ans quand sur les instances du comte son frère, elle consentit à donner sa main à Bernard II d'Alion. C'était un mariage po-

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