Doat, XXII. Dép. des captifs de Montségur
litique destiné à rattacher cette famille puissante à la maison comtale non moins qu'à l'Église du Paraclet. Le généreux prince, dont la "sagesse égalait la justice, rendit à son beau-frère les terres de Gerdagne confisquées par le roi d'Aragon et données en fief aux comtes de Foix. A ces magnifiques dons, il ajouta, comme dot particulière de l'infante, le château indivis des Salenques, et dix mille sols melgoriens; et en mémoire de cette alliance si glorieuse pour sa maison, Bernard de So écartèlera d'or à trois pals de gueules, qui est de Foix, et de gueules au lion d'argent, qui est d'Alion *. •
La vieille Esclarmonde de Foix. alors octogénaire, vivait encore à Montségur. C'est évidemment sous les auspices de cette papesse du catharisme pyrénéen que s'accomplit ce mariage politique et religieux. L'infante, élevée sur les genoux de cette marraine illustre, avait son ardente foi aussi bien que son nom symbolique. Bernard d'Alion et son frère Arnauld de So étaient les disciples de GuiJhabert de Castres, les protecteurs des ministres albigeois, les pèlerins et les défenseurs de Montségur. Enfin,' chose plus significative encore, leur contrat de mariage fut signé par six chefs de faidits : Pierre- Roger de Mirepois, son cousin Isarn de Fanjaus, Ramon Sanche de Rabat, leur parent, Pierre de MazeroUes, seigneur de Gajan la Selve, Pons de Villeneuve et Bertrand de Belpech. Bertrand était
1. Champ d'or à trois pals rouges, et champ rouffe au lion d'argent.
un Maurand; il appartenait, ainsi que Pons, aux plus hautes races capitulaires de Toulouse, et l'un et l'autre représentaient sans doute à ce mariage patriotique le comte Ramon VII et la grande cité romane *. Pierre-Roger était le chef des Bélissen; Isarn et Sanche avaient escorté naguère l'épiscopat johannite remontant sur le Thabor, et Pierre de MazeroUes commandait la garde sacerdotale de Montségur. Ces chefs du bocage étaient les compa- ^non* chevaleresques^deGuilhabert deCastres, et tout porte à croire que le patriarche cathare descendit de la montagne Sainte, pour bénir l'union de ses deux catéchumènes dans le Castellar de Pamiers .Ces noces ont tout le caractère d'une conjuration nationale. Ainsi les proscrits accoururent de Montségur, les faidits sortirent de leurs forêts : ils se pressèrent autour du magnanime prince pyrénéen, et dans ce vénérable Castellar, près de la grande épée des comtes, au son des harpes des troubadours et dans l'ivresse du festin nuptial, tous ces déshérités rêvèrent sans doute un instant le prochain triomphe de la patrie romane, hélas expirante. Ce chant de Pierre Cardinal semble le programme de l'insurrection naissante.
— Je voudrais, s'il plaisait à Dieu, que nous eussions recouvré la Palestine, que le preux Empereur eût dompté la Lombardie, et que le vaillant comte duc et marquis eût repris le Vivarais*. Cela