‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 403 sur 922 · Bossnei, panégyrique de SL'P . Nolatque · texte numérisé non relu

Bossnei, panégyrique de SL'P . Nolatque

ordres de son jeune roi, fit voile vers cet archipel situé à vingt lieues de l'Espagne, et à quarante de l'Afrique. Les îles de Malhorca, Minorca, Ibiça, Cabrera et Formentara qui le composent, avec quelques autres îlots inhabités, étaient un repaire de pirates maures. Malhorca, la plus grande et la plus occidentale, s'étend au-dessus des vagues comme un navire échoué, la poupe en l'air. Sa pointe septentrionale est, en effet, horriblement anfractueuse et battue par une mer farouche. Uîle semble tourner le dos à l'Europe, pour exposer à l'Afrique et à l'Orient, avec le plan incliné de ses montagnes, ses forêts de pins, de cyprès et de palmiers, ses cultures, ses vignobles, ses bocages d'oliviers et d'orangers aux pommes d'or, des châteaux mauresques sur les rochers, des cités dans les vallons, et des ports au fond des rades qui dentellent son rivage méridional *. Longeant cette côte sombre, la flotte aragonaise en doubla les caps orageux, et vint, vers le sud, replier ses voiles, dans une anse creusée entre les racines d'une montagne, appelée le Clôt de Galatza, ou le vallon des Gaulois. Ce nom celtique rappelle évidemment quelque invasion partie, dans des temps inconnus, des mêmes bords d'où sortaient ces conquérants exilés. Peutêtre leurs aïeux furent-ils proscrits aussi ? Peut-être fuyaient-ils aussi, victimes de dissensions religieuses, la domination du druidisme qui était pour les Celtes méridionaux, soumis à un culte patriarcal,

1. Descripcion de las islas Pithiusas y Baléares, Madrid, Viuda de Harra, 1788, 1 vol. in-4o.

un sacerdoce odieux, une papauté sauvage ? Chaque génération a ses douleurs et ses combats ; et des révolutions analogues reparaissent sous des formes presque identiques, à de longues distances des

siècles.

Le jeune roi s'élança de sa nef, Tépée à la main, sur la plage couverte de barbares. Dans ce premier choc avec les Africains périt un chevalier albigeois, Ramon de Durfort, frère d'Adhémar de Rodeilla, et cousin du comte de Foix. Sa tombe consacra le vallon et la baie des Gait/ois.Palma, le port, Alcudia, la capitale, Malhorca tout entière, l'archipel baléare furent successivement conquis *. Les Barbaresques échappés aux combats furent rejetés dans l'écume des flots, réservés à la servitude des galères, ou au servage encore plus dur de la glèbe. Les chrétiens trouvèrent un butin immense dans cet entrepôt de toutes les rapines musulmanes de l'Occident. Les dames maures disaient en pleurant aux soldats : Voilà notre or, nos perles, nos bracelets 1 Laisseznous seulement du pain 1 Et telle est la nature humaine que le souvenir de leurs mères et de leurs sœurs brutalement expulsées de leurs châteaux par les croisés n'empêcha sans doute pas les cathares d'infliger les mêmes rigueurs et peut-être les mêmes outrages aux femmes arabes. L'albigisme était de sa nature plus hostile encore que le catholicisme au sensualisme musulman. Le jeune monarque partagea aux chevaliers le territoire des îles. Ils

1. Historia qeneral dd reino Balearico o de Mallhorca, por Juan Dameto, y Vicente Mut. MaHorca, 1632-50, 2 vol. in-fol.

devinrent Pagésés, c'est-à-dire, bougeois des cités, et Solares, c'est-à-dire terriens de l'archipel. Les faidits pyrénéens, dépouillés de tout par la croisade, retrouvèrent tout à coup dans ces îles, et comme par enchantement, des palais orientaux, des esclaves africains, des femmes mauresques! Ils apportèrent dans leur conquête, la langue,* les mœurs, les institutions romanes. Des cours d'amour s'établirent dans les harems déserts. Le troubadour soupira les rigueurs de sa dame sous un ciel africain. La poésie romane qui s'éteignait sur le

continenteutcommeunearrière-saison,unefloraison d'automne dans cet archipel. Elle broda la vivacité des rhythmes romans, et la sensibilité de l'amour chevaleresque, de langueurs arabes, de fantaisies mauresques, et de férocités africaines. Ce fut pour ces pauvres faidits comme un rêve oriental, un conte des Mille et une Nuits < .

DOM JAICMÉ ET PIFHRE NOLASCO. - FONDATION DE LORDIIE DE LA WEliCI

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