‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 428 sur 922 · Doat : Antepositafuit aUis hœrèticabus · texte numérisé non relu

Doat : Antepositafuit aUis hœrèticabus

jeur de Guillabert, ensevelit le patriarche auprès de son prédécesseur Gaucelm, et selon l'ordre hiérarchique, prit sa crosse pastorale avec le fardeau de ses douleurs, et marcha tranquillement au martyre. Dans la religion de la lumière et de la vie, la mort n'existe pas : la croix est une élévation, le martyre une ascension dans le gloire *'. Donc point de pleurs au trépas, et peu de rites funéraires. Pour les Albigeois, la vie était l'exil, la mort le retour dans la patrie. Comme tous les mystiques ils devaient chanter le psaume des bannis d'Israël. Assis au bord des fleuves de Babylone nous avons pleuré en pensant à Sion. Babylone c'était le monde jeté sur les torrents des choses changeantes et mortelles. Sion, c'était le ciel, la cité immuable, construite sur le rocher des siècles. Aussi ni soupirs ni gémissements. Ses compagnons chantaient la délivrance du mourant , et son âme pure s'envolait dans un cantique, comme l'antiquité le disait symboliquement de l'âme des cygnes.

Emacié par le jeûne, par la douleur et le désir, le cathare ne laissait presque rien à la tombe. Sa chair avait déjà revêtu l'incorruptibilité. 11 ne restait de ce corps éthéré que l'aride enveloppe que la cigale dépose au creux du rocher, ou la pâle tunique que le papillon abandonne au vent lorsqu'il déploie ses ailes frissonnantes dans l'azur. Les Amis de Dieu avec leur dédain de la chair, auraient dû, ce semble, n'avoir aucun souci du corps. Vivant, ils le

1. Il faut que le Fils de l'homme soit élevé. Père, glorifie ton Fils ! Ev. de Saint-Jean, chap. xvii.

méprisaient, ils l'honoraient mort. L'âme, à leurs yeux, sanctifiait son vêtement. Ils respectaient leurs cendres. Ils dérobaient leurs sépultures avaient horreur de la profanation des tombes, et les inquisiteurs qui fouillent les sépulcres leur paraissaient des hyènes et des vautours. De là, tant de secrètes nécropoles *.

Montségur fondé, quarante ans auparavant, pour être une arche de salut, ne fut que le dernier et solennel sépulcre. L'inquisition, n'a pas, que nous sachions, découvert ses cryptes funèbres. Ses entrailles renferment encore, chacune dans sa cellule de granit, comme des abeilles dans leur alvéole, les cendres des évêques, les ossements des barons. C'est là que reposent la comtesse Philippa et la vicomtesse Esclarmonde. C'est là que dort depuis six siècles Guillabert de Castres. Son mausolée est une montagne. Moïse a le mont Nébo, Guillabert a le Thabor pyrénéen.

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