LIVRE HUITIÈME
d'armes se remirent en chemin à la nuit tombante et gagnèrent une sierra voisine du Mas-Saintes- Puelles. Jordanet du Mas s'y trouva. Il se concerta avec Guiraud de Rabat, Bernard de Sant-Marti et Balaguer de Laurac. Bernard appela l'arbalétrier Pierre Vidal : Choisis, lui dit-il, douze servants armés de haches. Vidal choisit Guilhem Adhémar, Pierre Aura, Guilhem Marti, Sicard de Puivert et huit autres de Gaja. Et Jordanet, Balaguer et Bernard de Sant-Marti se mettant à leur tête, conduisirent Tavant-garde et marchèrent sur Avir gnonet *.
Avignonet est un bourg construit sur une ondulation de terrain qui s'allonge du levant au couchant. Une grande rue coupée de quelques ruelles latérales divise, en deux massifs principaux, les habitations, plus étroites et plus pressées au nord et qui, plus spacieuses, dentellent de leurs hauts pignons l'escarpement du sud. Deux portes flanquées de tourelles percent, à l'est et à l'ouest, son enceinte fortifiée de tours rondes et dominée, au septentrion, par la masse carrée du château comtal. Mais redouté comme un foyer de patriotisme et de croyance albigeoise, Avignonet est une de» trente villes démantelées par le traité de Paris. On ne lui a laissé de ses murailles déshonorées que les tronçons qui ne servent plus qu'à parquer son peuple, semblable à un troupeau mutilé, "dont elles garantissent à peine la sécurité nocturne. Ainsi, par un excès de précaution, la tyrannie méticuleuse du