‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 466 sur 922 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

les a devancés dans son bourg natal. Il est accompagné du chevalier Bertran de Quiàers, d'Avignonet. L'autre est probablement le concierge de la porte orientale. Golaïran leur a confié son secret. « Les faidits du Thabor doivent arriver ce soir; ils veulent vous parler; attendons-les près de la fontaine. — De quoi s'agit-il? demande aux étrangers Bertrand de Quiders. — Il s'agit, répondent les conjurés, de nous saisir du frère Arnauld et du frère Estèbe inquisiteurs qui dissipent et confondent toute cette terre. Voulez-vous nous aider, et nous protéger au besoin contre les hommes d' Avignonet? — Très-volontiers, réplique Bertran de Quiders, mais à condition que nous partagerons les deniers des inquisiteurs * . » Le concierge leur livra la porte orientale qu'occupèrent Arnauld- Roger, Guiraud de Rabat et leurs écuyers. Ils laissèrent leurs chevaux il la garde des palefreniers autour de la fontaine. Les autres suivaient Golaïran et Bertrand de Quiders dans les rues obscures, déjà assoupies ou complices muettes, d'Avignonet. Bertran s'ouvrit d'abord à Donat, son beau-frère, qui en fut tout joyeux , puis aux deux frères Guilhem et Bernard Richard qui promirent leur concours. Golaïran de son côté obtenait celui de Cardinal," son écuyer, de Guilhem Faure, de Pierre Esquieu! de Ramon Dauzet, de Ramon de Na Rica, et de Ramon de Bobila. Une trentaine d'habitants d'Avignonet se joignent aux faidits du Thabor qui avec

1. Bertran déguise, altère évidemment la vérité devant les inquisiteurs.

ceux de Gajan la Selve réunissent environ quatrevingts conjurés.

La foule se masse devant la porte de Golaïran, tandis que les chefs, dans la maison, dressent leurs plans, désignent les carrefours, échelonnent les vedettes, et enveloppent comme d'un filet les abords du château, afin que, dans le cas d'une clameur ou d'un tumulte, rien ne puisse interrompre l'œuvre qui s'exécutera dans le donjon. Les plans arrêtés, Golaïran sortit, s'absenta, puis revint et dit: llssoupent, il n'est pas encore temps. Un moment après, il s'éloigna de nouveau, reparut et dit : Ils se couchent, c'est le moment, partons ! Cardinal, son écuyer, allume deux torches, et tous les conjurés, à la lueur de ces résines fumeuses, par de tortueuses ruelles, se dirigent en silence et à pas de loup vers le château*. Ils échelonnent les vedettes, et ferment d'un cordon d'archers tous les abords du manoir comtal. Les portes sont closes, mais Bernard de Na Vidal, par une poterne dérobée, s'introduit dans la cour, décroche les barres de fer, et ouvre les lourds battants. Chevaliers, écuyers, servants entrent alors. Ils entrent dans une salle basse et trouvent le bayle Alfaro. Soyez les bienvenus, leur dit le sombre Espagnol. Il les attend, il leur garde leurs victimes ; c'est lui qui est le chef de l'entreprise ordonnée, assure-t-il, ou plutôt tacitement consentie par le comte de Tou* louse. C'est lui Alfaro qui a réuni pour cette exécution les hommes de Montségur, de Gajan-la-Selve,

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