LIVRE HUITIEME
Narbonne, suivi de tous les clercs, se retire à Béziers. Béziers, désert depuis le grand massacre, n'est qu'un vaste amas bouleversé de décombres et de cadavres. Du haut de ces ruines frappées de la foudre, semblable au génie de la destruction, l'archevêque lance ces anathèmes. Il excommunie Ramon VIT, les comtes et les peuples du Midi; il les déclare Routiers, violateurs de la paix, usurpateurs des biens de l'Église, et parjures envers le pape et le roi de France *. Le comte Ramon se rend dans l'Ouest dont l'insurrection répond à celle du Sud. Le comte de la Marche a soulevé le Poitou, l'Angoumois, la Saintonge. Ces provinces appellent le roi d'Angleterre, héritier de Richard Cœur-de- Lion, le roi troubadour, et petit-fils de la fameuse Éléonore, la reine tant aimée, tant chantée par les poètes. Les Anglais débarquent à l'embouchure de la Gironde. Mais les rois d'Aragon et de Gastille ne se montrent pas encore sur les Pyrénées. Les monarques espagnols étaient secrètement retenus par leurs rivalités, leurs calculs méticuleux, les messagres de la reine Blanche, et les menaces de Rome. Leurs retards donnèrent au roi de France éperdu le temps de se reconnaître, de faire face aux événements et de marcher contre les Anglais. Le roi d'Angleterre fut défait à la bataille de Taillebourg près de Saintes. 11 remonta sur ses vaisseaux, et laissa, par son départ, le comte de la Marche, son lieutenant, à la merci du vainqueur. Ramon de Lusignan dut reconnaître pour légitime seigneur