Tradition populaire ; la mort du Loup
Toulouse arborait la brebis et la croix ; le Béarn, la vache aux cornes lumineuses * ; Carcassonne à la houlette pastorale joignait le soleil d'Alby ; Gomminges et tous ses rameaux pyrénéens, Foix, Gonserans , Palhars , Castelbon et même Barcelone , portaient aussi la houlette changée en lance et^ teinte de sang, sous un ciel éclatant, c'est-à-dire, en langage héraldique, d'or à trois ou quatre pals de gueules. Les noms des barons étaient goths; les noms des femmes et des familles étaient généralement ibères. La femme donnait son nom à la famille ; chaque tribu avait une matrone pour patriarche ; on disait : les fils de Nos , d'Oliva , d'Impéria, de Bélissena. En somme, bien que mêlée d'éléments grecs, juifs, goths, arabes, la race au fond était ibère, l'éducation latine, la langue romane, le génie, comme le sang, infiniment divers, mobile, ingénieux, merveilleux, et se résumait dans ce mot caractéristique, romanesque *.
La victoire fut nationale, l'œuvre commune des peuples et des barons ; mais trois princes dépas-
1. Clarinées. c Fierez remarque que, dans les médailles de la Bétique, le taureau est toujours accompagné d'un croissant. Dans les autres provinces ( Ibères ) on trouve le taureau, mais non le croissant. » G. de Humboldt.
2. Roman-Esque, Ibéro-Latin. Les Ibères sont la première race historique de l'Occident. Les noms d'Angers, des AndeUs, de la Seine marquent leur route vers le Nord. Ils passèrent en Angleterre où Ton retrouve une de leurs tribus, les Silures; et en Irlande qui leur doit ses deux noms antiques, Ibernia,Escotia. La philologie a pleinement confirmé le récit de Tacite. Agricola XI.
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sent tout de la tête : Ramon VII , comte de Toulouse , par sa suzeraineté féodale ; Ramon-Roger, vicomte de Carcassonne, par ses aventures enfantines et guerrières; Roger-Bernard, comte deFoix, par son génie politique et sa grandeur chevaleresque. Héros de l'épopée romane, ils le seront encore du martyrologe cathare.
Ramon VII, comte de Toulouse, marquis de Pro» vence, duc de Narbonne, était le treizième descendant de Horss, ou Ursio, chef wisigoth, qui, dans le démembrement de l'Empire carlovingien , reconquit la Septimanie, ou la Marche de Gothie dont la capitale était Narbonne. De cet étroit duché , d'abord comprimé entre les Corbières et la Montagne-Noire, ses successeurs avaient, pendant trois cents ans, continuellement accru leur domaine qui maintenant s'étendait entre la Dordogne et les Pyrénées, depuis les Alpes jusqu'à l'Océan. Ces princes avaient fondé leur puissance en refoulant les Francs au Nord , et les Maures au Sud , de sorte qu'au XII» siècle leur fortune grandissante pouvait rêver sans trop d'orgueil, entre la Gaule franque et l'Espagne musulmane, la création d'un troisième royaume d'Aquitaine, sous la dynastie nationale des Ramons. Ces princes avaient dû leur fortune sans doute à leur valeur, mais encore plus à leur intelligence, et à leur habileté d'être toujours les représentants de l'idée dominante de leur siècle. Ramon IV ou de Saint-Gélis représente les croisades d'outre-mer ; il conduit en Palestine une colonne de cent mille Aquitains, manque la couronne de Jérusalem, et fonde, au pied du Liban, la principauté de Tripoli où
l'héroïque pèlerin avait fixé son tombeau. Alphonse- Jourdain, son fils, né sur les bords du fleuve saint dont il porte le nom, y revient mourir après avoir associé sa gloire à la révolution pacifique des libertés communales de Toulouse et des cités républicaines du Midi. Ramon V, son petit-fils, reproduit brillamment l'union de la chevalerie et de la poésie provençale dont son règne fut le siècle de Périclès. Ramon VI , son arrière-petit-fils , personnifie la libre pensée, l'indépendance des religions, et la lutte contre la puissance théocratique. De là , les orages qui enveloppèrent le berceau de Ramon VII. Le dernier des Ramons ne fut qu'un reflet, d'abord de l'héroïsme populaire, ensuite du martyre national. Il s'évanouit dans le triomphe, mais il reste pour son peuple un symbole du supplice de la patrie. De là, le vif amour qu'il inspira de son vivant, et l'intérêt qu'inspire encore cette figure souriante et mélancolique. Arrêtons-nous devant ce front où circule comme un nimbe funèbre et comme une auréole d'ombre.
Ramon VII était fils de Ramon VI , comte de Toulouse, et de Jehanne Plantagenet, sœur de Richard Gœur-de-Lion. Ramon VI, qui, par ses nombreuses capacités, la magnificence de sa cour, avec un mélange de volupté, de scepticisme et de poésie, était un Salomon féodal, confia aux meilleurs maîtres son éducation chevaleresque. Mais tous les soins de Geoff'roi de Poitiers, son précepteur, de Ramon de Recaud, son gouverneur, et d'Arnaud Topina*, son écuyer, ne réussirent à for-