‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 6 sur 922 · Topina, le pot · texte numérisé non relu

Topina, le pot

mer qu'un médiocre prince. La nature manquait, ou fut arrêtée par l'inclémence des temps. Il avait deux ans quand il perdit sa virile mère , douze quand la croisade envahit ses États et bouleversa sa maison , quinze quand la bataille de Muret, où périt le roi d'Aragon, dispersa les princes méridionaux, rejetés derrière les Pyrénées et quelques-uns jusque dans les îles Britanniques. Fugitif de Toulouse bientôt occupée par Montfort, le jeune infant dut se retirer à la cour de son oncle, le roi d'Angleterre. Ce roi n'était plus Richard Cœur-de-Lion. La mort de Richard fut au nombre de ses malheurs. Richard n'eut jamais permis ni l'invasion de l'Aquitaine, ni les victoires de Montfort. Ramon Sans-Avoir fut recueilli par Jean Sans-Terre, prince errant luimême dans ses îles, à demi dévoré par Philippe- Auguste, et excommunié par Innocent III. C'était le temps où ce pontife, pour réorganiser la catholicité bouleversée par la superbe théocratique, convoqua le quatrième concile universel de Latran. Ramon VII quitte ce Lazare des rois anglo-normands dont il semble traîner le malheur mais non le crime surlesmers. et, suivi de son fidèle Topina, débarque en Italie. Il retrouve son père Ramon le Vieux , Ramon-Roger, comte deFoix, et d'autres seigneurs méridionaux arrivés d'Espagne. Ils vont à Rome revendiquer leurs héritages auprès du plus olympien

despapes,dispensateurdessceptresetdescouronnes, et des quatre cent cinquante patriarches , archevêques, évêques, chefs d'abbayes, qui formaient à ce Jupiter du Vatican comme une cour de dieux. Le comte de Foix fut le magnifique et magnanime ora-

teur de la patrie romane auprès du concile de Latran. Sa harangue est repoussée, la croisade justifiée, et le Midi irrévocablement acquis à Montfort, c'est-à-dire au roi de France. Tel est l'arrêt du Vicaire de Dieu. Les princes dépouillés se rembarquent tristes au port de Gênes, et se dirigent les uns sur Marseille, les autres sur Barcelone. Le comte et l'Infant de Toulouse .sont accueillis avec transport par la chevalerie provençale et reçus en triomphe dans la cité d'Avignon. Les deux princes se séparent : l'Infant, sur des nefs couronnées de fleurs, descend le Rhône, investit Beaucaire, et, assiégeant et assiégé, enlève cette Roche, premier degré de la ruine de Montfort. Pendant ce temps, le comte aborde en Catalogne, rallie les conjurés d'Andorre, traverse les Pyrénées , et , voilé d'un brouillard, rentre dans Toulouse. Simon, pris entre les deux camps, rugit comme un lion, mais il est tué à la porte de Montolieu, et la croisade, décapitée de son chef, ne fait plus que se tordre et palpiter convulsivement comme un serpent coupé. Ramon le Vieux ne vit pas l'entière délivrance du Midi. L'Infant, quand il lui succéda , n'avait que vingt-cinq ans (1222), mais les comtes de Foix et les consuls toulousains, dont il est le pupille, achèveront la victoire nationale. Il était léger, jovial dans des temps si tristes, et même facétieux dans des circonstances si tragiques. Poète, il échangeait volontiers avec ses chevaliers des strophes de guerre et d'amour. C'était, avec plus d'honnêteté et de valeur, le neveu de son oncle, un Jean Sans-Terre aquitain,' et avec ses boufibnneries et ses éclairs d'héroïsme,'

I comme une ébauche malheureuse du Béarnais, et un type attristé de la race gasconne. Il restera jusque dans sa vieillesse enfantine et dans la mémoire sympathique des hommes : Le jeune comte *. Deux traits peindront cette jeunesse incorrigible. A vingt ans, il avait épousé Dona Sancha d'Aragon, mariao-e politique qui, par la mort éventuelle du roi Don Jaïcmé, pouvait réunir Toulouse et Saragosse, et former, entre l'Èbre et la Dordogne, un vaste empire solidement échafaudé sur la robuste épine dorsale des Pyrénées. Ce prince licencieux, bientôt dégoûté de llnfante maladive, résolut de répudier la sœur du martyr de Muret, pour épouser, qui?... une fille de Montfort, le bourreau de sa maison et de la patrie romane. C'était pis qu'une légèreté, c^était un crime domestique et national. Naguère encore, pendant qu'on assiégeait Carcassonne, Ramon VII disparut tout à coup sur le soir. On le chercha vainement toute la nuit. L'ennemi avait-il enlevé le prince? Non, il s'était rendu dans la cité; il avait visité son rival dans son camp, et trouvé bon de coucher dans le même lit avec Amaury, dans le château de Carcassonne. Le matin, il redescendit riant de son héroïque étourderie dont sans doute il fut sévèrement tancé par le comte de Foix. Son cœur aurait dû lui dire qu'il ne devait pas plus coucher avec le frère qu'avec la sœur, et que les Saint-Gélis étaient séparés des Montfort par une mer de sang et des montagnes de cadavres 2. Tel

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