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en marche à travers les landes du Berry et les herbages du Nivernais. Il marchait sous son double chef : le monarque capétien et le légat de l'Église romaine ; et sous son double symbole : les fleurs de lis de France et les clefs de saint Pierre, enlacées d'un rayon de foudre. Chacun des deux princes avait sa cour : le cardinal, sa cour sacerdotale d'archevêques , d'évêques et d'abbés du Nord ; le roi, sa cour féodale de ducs, de comtes, et de barons. Tous portaient la croix rouge sur la poitrine, car c'était une véritable croisade, une croisade royale. Avec eux était Amauri de Montfort: Amauri devait renouveler de ville en ville son abdication et remettre ses droits et ses partisans au roi de France. Ainsi Louis VIII réunit autour de lui toutes les forces et tous* les prestiges : le chef de l'ancienne croisade , toute la chevalerie de France, toute l'Église gallicane, le légat du saintsiége, la double majesté du royaume de France et de l'Église romaine ; un triple droit : le droit féodal de Montfort, le droit épique de Charlemagne, le droit théocratique de saint Pierre. Il réalise cette foudroyante fiction : l'Aquitaine est donnée à Louis VIII, descendant de Charlemagne, par Grégoire IX, successeur de saint Pierre et vicaire de Jésus-Christ. Et pourtant, entouré de tous ces prestiges de la terre et du ciel, ce monarque est troublé ; ce conquérant a des terreurs. Qui donc l'épouvante ainsi ? Certes ce n'est pas sa conscience. Cela n'émeut guère un roi. Le spectre désolé de la croisade vaincue le poursuit. Les victoires romanes flamboient sinistrement à l'horizon du sud, les
H LES ALBIGEOIS ET L'INQUlSlTIOxV
sièges de Toulouse et de Carcassonne, les batailles de Montjoie, de Castelnaudari, de Bazièges ; les cimes de Montségur et de Gastelbon, d'où s'élança, comme un aigle, la délivrance. Et de Perpignan à Bayonne, des cavaliers de feu bondissent de cime en cime sur les neiges sanglantes des Pyrénées.
LE ROI ET LE LÉGAT DESCENDENT LA VALLEE DU RHONE ET METTENT LE SIEGE DEVANT AVIGNON» DÉPENDU AU DEDANS, RAR LES PODESTATS DE LA CITÉ, AU DEHORS PAR LE COMTE DE TOULOUSE.
Ainsi Rome a réorganisé la croisade : elle lui donne aujourd'hui son chef réel, autrefois dérobé sous les Montfort. Au faible Amauri vaincu, elle substitue" le puissant Louis, le vainqueur de l'Angleterre et de l'Allemagne. Sur le Midi brisé, disjoint, disloqué, bouleversé, presque anéanti, elle déchaîne comme un ouragan de fer, l'ost régulier, la chevauchée féodale et superbe, les forces neuves, compactes, irrésistibles de la France. Le pape et le ro se sont d'avance partagé les États du comte de Toulouse. Le pape prendra du Rhône aux Alpes, le roi du Rhône aux Pyrénées. Mais de Bourges pourquoi ne vont-ils pas directement vers le sud par l'Auvergne ou le Limousin, pays plus vert,^ plus herbeux, et plus propre surtout à nourrir la cavalerie *? Pourquoi, renonçant à leur premier projet,