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Le roi était attendu à Cahors et à Saint-An tonin

font-ils ce long détour vers l'est, et vont-ils chercher, par l'aride vallée du Rhône, les plaines brûlantes de la Provence , à travers les terres de l'Empereur? Évidemment, c'est pour conquérir d'abord l'apanage du pape, enlever à Frédéric II ennemi du saint- si ége , cette province impériale, sous prétexte d'hérésie, et écraser dans Avignon et dans les hautes vallées des Alpes l'Église des Vaudois, les sectateurs de Pierre de Brueys.

Le roi arrive à Lyon le jour de l'Ascension. Il embarque sur le Rhône son immense bagage, et l'armée descend le long du fleuve par la même route qu'avait suivie, dix-sept ans auparavant, la grande colonne des croisés conduite par l'abbé de Cîteaux. Elle ondule dans cette longue vallée rhodane comme un ouragan d'hommes, de chevaux de fer et de feu. A mesure que son tonnerre roule vers le Midi , les fluctuations d'esprit redoublent, et les défaillances de cœur. Avignon elle-même l'énergique et patriotique cité d'Avignon, se trouble : le roi trouve ses députés à Valence, son podestat à Montélimart. Ils lui offrent le passage sur leur pont si célèbre, et lui ouvrent la porte des États du comte du Toulouse. Mobilité du plus héroïque sang provençal I Dix ans auparavant, Avignon, la noble république, recueillit l'infant de Saint-Gélis déshérité par le concile de Latran, et sur des nefs couronnées de fleurs, au son des luths et des ballades, le conduisit à la conquête de Beaucaire, premier et glorieux exploit de la délivrance romane. Avignon vient encore de resserrer naguère le pacte

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qui l'unit au prince. Le trahit-elle maintenant? Non : ce trouble n'est peut-être qu'un piège de guerre tendu au Capétien. Elle ouvre la trappe pour y prendre le lion de France et son pourvoyeur, le chacal de Rome.

Ramon VII montre un ferme cœur : sa débilité se retrempe dans la vigueur de ses bayles et de ses capitaines, les conseils d'Avignon, les capitouls de Toulouse, et surtout le magnanime comte de Foix. Le prince marche hardiment à la rencontre de l'invasion : il fait reculer les peuples, emporter les vivres, brûler les fourrages et labourer les prairies, pour affamer Tost français. Il fait le vide, il étend le désert devant le roi capétien. C'est une lutte à mort dans laquelle entre aussi le climat. Avignon venteuse, sans vent vénéneuse et par lèvent fas^ tidieuse^, attend, dans son fiévreux Éden, le roi de France et le légat de Rome. Ils arrivèrent le 6 juin au pont de Sorgues. Le cardinal lança derechef l'anathème sur le comte et l'interdit sur ses États, et le lendemain, jour de la Pentecôte le monarque campa devant Avignon.

La ville avait pour podestats Ramon du Rial et Guilhem- Ramon, de la maison des vicomtes d'Avignon. L'un de ces deux consuls avait naguère, à Montélimart, offert au roi le libre passage du Rhône pourvu que le légat levât la sentence d'excommunication qui, depuis dix ans, pesait sur les Avignonnais. Le rusé Provençal voulait, par cette

1. Avenio ventosa, sine vento venenosa, cum vento fastidiosa.

LIVliE PREMIER

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concession, se délivrer de l'anathème pontifical et aventurer l'ost français entre le comte de Toulouse, campé en Provence, et le comte de Foix qui l'attendait vers les Pyrénées. Romain y consentit à condition qu'Avignon livrerait des otages, ses portes et ses forteresses au roi. Le podestat ne répondit pas ; mais, quand le monarque arriva, il trouva les portes fermées, et un pont de bois construit en amont de la cité, joignant le pont de pierre dans l'île du Rhône, pour le passage des Français. Louis s'irrite ; il doit passer par la ville et le pont de pierre : cette défiance est une injure à la majesté royale. Les podestats accordent cette faveur au monarque, au légat et à l'élite des barons. Ils livrent quelques portes, quelques tours, cinquante otages. Mais le peuple s'indigne de la condescendance des consuls : il refuse les vivres veudus, court sus aux croisés, rejette les Français hors de ses murs, et, rompant le pont de bois, coupe en deux l'armée royale dont l'avant-garde est déjà sur la rive droite, avec le comte de Blois. Les Avignonnais avaient éventé le secret dessein du monarque et du cardinal. Le légat alors, du conseil des évêques, anathématise solennellement Avignon comme un réceptacle de vaudois, de cathares et de partisans du comte de Toulouse. Il enjoint au roi de purger la cité de la dépravation hérétique, et de venger ïinjure faite à rost du Christ, sauf les droits des églises, des catholiques et de l'Empereur'. Avignon, effectivement, comprise dans le royaume d'Arles, relevait

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