‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 523 sur 922 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

compagnons pour réparer leur infortune, relever la cause de la patrie romane et de l'Église johannite, et fonder un autre Montségur sur quelque autre cime des Pyrénées. Quoi qu'il en soit, libre sur la parole du sénéchal , il s'éloigna : on ne lui demanda compte ni du meurtre des inquisiteurs, ni de ses combats contre l'Église romaine et le roi de France; il partit presque en vainqueur, dans cette effroyable ruine, suivi de son ingénieur, Bertran de la Baccalaria, et d'Arnauld Roquier, son chirurgien, emmenant ses palefrois, et emportant sur ses mulets les riches dépouilles de Montségur*. Qui peut dire ce qui se passa dans le cœur du sombre chef ^des faidits lorsqu'il s'arracha de cette cime funeste où il laissait sa femme, sa famille, son peuple, parqué comme un troupeau, réservé la moitié pour les cachots et l'autre pour le trépas ? Il descendit vers Lavelanet et se dirigea vers Foix ; mais en tournant de temps en temps la tête vers sa noble forteresse, il put voir monter en tourbillonnant une noire colonne de fumée, une nuée obscure d'où s'exhalait une vapeur de cendre humaine avec une odeur de cadavre brûlé, et dont l'ombre livide était sillonnée d'étincelles de feu comme des âmes qui s'envolent vers le ciel. Alors l'infortuné dut regretter de n'avoir pu mourir I

Le val supérieur de Montségur, en effet, fumait comme un gigantesque autel triangulaire. Avec les troncs de sapin coupés dans la montagne, les débris des machines fracassées dans les combats et

Page 1