‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 524 sur 922 · Iiubert de Salas · texte numérisé non relu

Iiubert de Salas

Sf'

la charpente arrachée déjà de la forteresse, on construisit, sur Tesplanade du Tremblement et de l'Abès, un bûcher colossal. Le feu fut mis à ces matières desséchées ou résineuses, et Tarchevéque de Narbonne, une dernière fois, somma les captifs de reconnaître l'autorité spirituelle du pape de Rome et temporelle du roi de France. Les Amis de Dieu, pour toute réponse , s'élancèrent d'un seul bond, en chantant, dans le foyer immense. Ils étaient deux cent cinq. Pendant que la flamme dévorait leurs cadavres, l'archevôque de Narbonne entonna le Veni Spiritus, et les autres prélats, le sénéchal et les chefs militaires, les Français, les Gascons et les pâtres infidèles, rangés en cercle autour du bûcher, répétaient en chœur l'hymne sainte des massacres de la croisade *.

Cruelle ironie I N'est-ce pas cet Esprit consolateur qu'invoquaient en mourant les disciples du Paraclet I L'immense hécatombe humaine brûla jusqu'au soir ; et tout le jour, le vallon de Montségur, où ces victimes renouvelaient, depuis tant d'années, une image de la vie du ciel, offrit une épouvantable scène de l'enfer. On jeta aux vents leurs cendres fumantes : leurs pâles ossements servirent de jouet à une soldatesque féroce; et cependant on n'a pu effacer la trace de l'effroyable holocauste , car on dit qu'en creusant le sol on, trouve encore des restes d'os calcinés et de poussière noire qui, quelque légère quelle soit, demeure in-

1. Arnauld-Roger : combusti cum trassd. Qu'est-ce que ce mot défiguré? Est-ce gratiâ? Et signifie-t-il, gaudio'f

Page 1