LIVRE riXlÊME
vieux, n'attendirent pas longtemps la mort. La mort, qui seule les savait vivants, seule aussi les sut morts, et n*en révéla rien au monde. Leur trépas datait de leur descente dans ce sépulcre. La tour de la Mura n'existe plus, elle s'est écroulée à une époque inconnue, sous le flot des larmes amères et des angoisses sans espoir qui rongeaient sa base, et sous le poids des malédictions des proscrits pyrénéens accumulées sur sa cime comme un orage. Mais ses racines enfoncées dans l'escarpement du dacis occidental sont le tombeau des trois héros infortunés de Montségur *.
Après Ramon de Perelha, on condamna son fils Jordan, Bertrand sonfrèro, Guiraudde Rabat, son gendre, et ses deux filles Alpaïs et Philippa. Après Amauld- Roger de Mirepois, on condamna sa femme Cécilia, et sa fille Alpaïs, sa sœur Aladaïs de Massabrâc, ses deux fils Alzou et Othon, leur sœur Fais, et son mari, Guilhem de Planha. Après Bérenger de Lavelanet, oii coûdamna le petit Olivier son fils, ses filles Bernarda et Lombarda, son gendre Imbert de Salas, et son écuyer Guilhem Bonan de Lavelanet. Puis encore Galhard del Congost, Pierre de Léra, les Gavarret, les Arvigna, chevaliers, écuyers, serviteurs, compagnons de Ramon de Perelha, ce patriarche de la captivité comme naguère du désert cathare de Montségur. Les condamnations varièrent évidemment selon l'âge, le sexe, la condition, la culpabilité, la renommée redoutable des faidits. On dut frapper sévèrement les meurtriers des