‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 549 sur 922 · î. Gios-Mairevieille. Du Mège · texte numérisé non relu

î. Gios-Mairevieille. Du Mège

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Ferrier, et Durand, dominicains, firent l'office d'inquisiteurs. Le sénéchal, et les descendants lies croisés, les sires de Lé vis, de Ghalabre, de Limons, assistaient à ces jugements, et leurs hommes d'armes gardaient les abords de la tour de rinquisition, contre le frémissement éventuel de la Cité. Les deux dominicains procédèrent à l'interrogatoire avec cet art savant, profondément subtil, ces formes graves, impassibles, froidement implacables de la procédure romaine. On sent en parcourant ces réquisitoires lugubres que la science des juges de Tibère s'est transmise tout entière aux disciples de Dominique *. Aussi bien l'inquisition n'est qu'une vieille armure de Rome impériale refourbie par Rome théocratique.

Ce sacrifice humain commença par un enfant. Le 10 des calendes d'avril, comparut un enfant de dix ans, Arnauld Olivier, fils de Bérenger de Lavelanet. Le 15, Philippe de Perelha, épouse de P. Roger de Mirepois, Aladaïs de Massabrac, et sa fille Fais de Planha.

Le 2 des calendes de mai, fut appelé Ramon de Perelha, le vieux chef des faidits pyrénéens. Requis de dire la vérité sur lui-même et sur autrui, sur les vivants et sur les morts, il répondit : Dès mon enfance j'ai fréquenté Guilhabert de Gastros. J'ai assisté aux prédications de GuiDiabert et des autres ministres cathares, soit à Faujaus, soit à

1. Cette science tra-litiounellesc retrouve chez les inquisiteurs du xvi» siècle. Voj^ez : Inquisitionis Hispankœ artes,., A Reginaldo Gonsalcio Montana (1567).

LIVRK DIXIÈME ^

Mirepois. C'est de mon consentement qu'ils ont tenu leurs hospices à Lavelanet. C'est pour les recueillir que j'ai fait reconstruire Montségur. J'y ai rassemblé des vivres, des armes, des machines de guerre. A l'ombre de nos lances, ils y ont fait leurs ordinations sur la montagne. Moi, ma femme, mes enfants, mes parents, mes compagnons, nous les avons adorés. Nous avons cru être sauvés dans leur foi. J'ai mangé de leur pain, mais je n'ai pas reçu le consolament. Ainsi parla Ramon de Perelha. Le 10 des calendes de mai Arnauld - Roger de Mirepois fut interrogé, et le 11 , Bérenger de Lavelanet : l'un et l'autre imitèrent la noble et mâle fermeté du seigneur de Montségur*. Leurs compagnons jusqu'aux plus simples serviteurs, jusqu'aux plus petits enfants se montrèrent dignes de ces nobles vieillards. L'interrogatoire se prolongea pendant trois mois : ce n'est que vers la Saint-Jean que la sentence fut prononcée ; en voici la terrible formule. L'archevêque de Narbonne, après la récapitulation générale du procès, s' adressant au ckef des captifs : « En conséquence de ces choses, dit-il, toi Ramon de Perelha, jadis chevalier, jadis seigneur de Montségur, tu es condamné comme fauteur et protecteur des hérétiques, des faidits, ennemis de la sainte Église romaine, notre mère, et du roi de France, notre seigneur, à être immuré à perpétuité dans les basses-fosses de cette cité de Carcassonne ; tu y pleureras perpétuellement ton crime, et tu y recevras patiemment,

i. Doat, xxn, xxiv.

pour nourriture le pain de la douleur, et pour breuvage l'eau de la tribulation ; de façon que la mort seule te sache vivant dans ton sépulcre et que ton trépas lent et douloureux t'acquière la vie éternelle. Amen * I » Arnauld-Roger de Mirepois et Bérenger de Lavelanet, coupables du même crime, et frappés de la même condamnation, partagèrent sans doute, dans la mort comme dans la vie, le sort du seigneur de Montségur.

De la tour de Flnquisition où fut proponcé le jugement, les trois chevaliers furent conduits, pour y subir leur peine, dans les basses-fosses de la Mura. Cette tour, récemment construite par le roi de France, recevait son nom sinistre de ce que les captifs jetés dans son souterrain y étaient murés, comme dans un tombeau. Et c'était en effet un sépulcre de vivants. Une seule lucarne intérieure, étfoite, profonde, et qui ne laissait même pas pénétrer un rayon du jour, permettait au gardien de transmettre aux prisonniers le pain de la douleur et l'eau de la tribulation. Encore oubliait-on souvent de leur donner cette nourriture insuffisante pour la vie et pour la mort. Alors les immurés expiraient dévorés par la faim, la vermine qui mangeait les vivants, les vers qui rongeaient les morts, les reptiles qui s'engendraient dans ce cloaque, les miasmes impurs, et toutes les horreurs de cet enfer. Sans doute les trois chevaliers, déjà

1. Doat, t. XXVII : Condamnation du moine Ricord. Cette formule paraît un développement de celle-ci :

■* Adeo ut sit illis vita supplicium et mors solatium. •

I.oi d'Arcadius et d'Honorius. Pand. Justin. 3 vol. in-folio.

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