LIVRE DIXIÈME
L'Inquisition mit à un haut prix sans doute la tête du redoutable chef des faidits. Il dut quitter son manoir, se cacher dans sa forêt. Les bayles des villages voisins lui portaient des vivres dans ses halliers. Il fut traqué par les chiens, et enfin forcé dans sa tanière, comme un léopard. Conduit à Toulouse, il se trouva sur la sellette avec Al aman de Roaix. Mais, plus heureux que son héroïque et religieux compagnon, Pierre, condamné à mort, termina ses aventures sur le gibet du Pré-Gomtal. Sa femme Ermengarde, non moins énergique, fut immurée, son manoir de Gaja détruit, et ses biens donnés probablement aux templiers de Plagne, surveillants de ce vaste refuge de la Sel va.
Pierre de Mazeroles raconte lui-même à ses juges comment il fut découvert dans sa forêt. Il y reçut un jour un vieil ami, un exilé qui revenait de Lombardie. Ils s'entretinrent des compatriotes émigrés, probablement du grand troubadour Figueyras, de l'empereur Frédéric II, ce poëte couronné qui venait de prendre Rome, et qui donnait tant de repos aux églises cathares d'Italie. Bernard d'Esplas était un traître ; il s'était vendu aux inquisiteurs; il mit les archers aux trousses de Mazeroles *. Son fief de félonie est peut-être ce château d'Esplas que l'on voit encore non loin de Saint-Martin, sur les collines du Podaguez. Pierre devant ses juges manqua de sincérité : l'homme de guerre
aujourd'hui un château, voisin de l'égfUse, le long du ruisseau qui lui donne sou nom, et ombragé de vieux platanes qui ont pu voir P. de Mazerolles.