Registres de lltrquisition de Toulouse
LIVRK DIXIÈME
caines. Nous ne disons rien de la confiscation de leurs biens jetés aux moines et aux agents de l'inquisition. Le comte n'osa ni ne put consoler cette grande infortune. Mais le peuple , moins timide, essaya de payer la dette du prince envers ces magnanimes citoyens et porta au consulat Griôîus et Ugo de Roaix, Ugo son compagnon do captivité du Louvre, et contraint d'être témoin de la condamnation d'Alaman au Capitole (1247). L'année suivante encore Roger et Montasi de Roaix furent élevés aux honneurs capitulaires. Mais alors cette grande race, blessée au cœur et comme épouvantée de son supplice, fléchit à son tour. Cette année même elle cache son tombeau dans l'église des Dominicains. Sa morne lassitude respire sur la pierre sépulcrale et son indignation palpite dans cette épitaphe superbe : Voici le repos terrestre d^hommes qui^ par l*épée et Véperon des aïeiix^ portèrent jusqu'aux astres le nom de Roaix *.
Le même jour fut condamiïé le fameux Pierre de Mazeroles, seigneur de Gaja-la-Selve, le plus hardi, le plus dévoué, le plus entreprenant, le plus infatigable, le plus incroyablement téméraire des chevaliers du Paraclet. Il avait traversé toutes les aventures tragiques de ce siècle, la croisade, l'exil d'Espagne, la délivrance et la victoire de Toulouse. Avec Alaman de Roaix, son ami, il fut l'un des compagnons de Ramon VII, dans sa campagne contre
1. Hist, da Long., t. VI, liv. XXX. Innocent IV relâcha Bertran de Roaix et vingt ans après (1270), le comte Alphonse rendit ses biens à ses héritiers Ramon, Alamanda et SybUia de Roaix. Doat, XXXII.
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Louis VIII. Après la funeste paix de Paris, il se mit à la solde de Guilhabert de Castres, et commanda la garde du sacerdoce albigeois qu'il ramena sur le Thabor. Il ourdit le meurtre des inquisiteurs qui, échappés d'Avignonet et de la massue d'Aïfaro, seraient tombés dans l'embuscade de Las Bordas, sous le poignard de Pierre de Mazeroles Il prit part à l'invasion du vicomte de Carcassonne, et à la défense de Montréal d'où, à travers les lignes fi-ançaises, il enleva l'évêque Pierre Polha qu'il ravit à la mort. Il participa, mais du dehors, à la défense de Montségur, rôdant, comme un vautour, sur les derrières du camp français. Voici sa dernière aventure qui peint au vif ce hardi condottiere du Paraclet. Dans un vallon du Podaguez, au couchant deSaverdun, s'élevait le monastère de femmes de Brie. Agnez de Belpech, une des religieuses, mourante, réclamait Textrême-onction cathare. P. de Mazeroles reçoit le message d' Agnez, va chercher dans sa grotte le fameux diacre Bernard de Maireville, et l'un et l'autre, au galop de leurs chevaux, franchissent les coteaux du Lauragais, la plaine de Mazères, et, haletants, arrivent à Brie. Pierre enferme les hommes et les femmes du village et les recluses du monastère dans l'église rustique, les met sous la garde de ses compagnons des bois, et pénètre dans le cloître où Bernard de Maireville hérétiea la nonne moribonde. Le consolament donné, il rouvre les portes de l'église, et regagne son château de Gaja-la-Selve *.
1. Registres de l'Inq. de Toul. Art. Maireville. Dép. d'Arnaude Bénédicte, prieure de Brie. Le onastére de Brie est