‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 578 sur 922 · Préserville · texte numérisé non relu

Préserville

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saisissent et le mènent au curé de la Bastide qui le livra au bavle et celui-ci au chasseur du comte. Dans la suite, moyennant les monitions et exhortations des frères Othonet Pelhssier, inquisiteurs, le captif rentra dans l'église romaine *.

Le prêtre était donc l'inquisiteur et même le traqueur paroissial. C'était à lui qu'on menait le menu gibier. Parfois il prenait unp grande proie. Telle fut la capture de Ramon Fort , le fameux diacre de Caraman. Fort fut retenu par le bayle du canton qui moins cruel que cupide spécula sur le martyr. Ce malheur avait ému tout le Lauragais. Berlran d'Alaman, frère du ministre favori du comte , fit une quête dans les villages du Toulousain. 11 en porta la somme à l'avare magistrat qui ferma les veux sur l'évasion de Ramon Fort. Et le diacre illustre alla plus loin chercher tranquillement son bûcher*.

Mais Rimon Fort, cette fois, est moins célèbre que son évangile johannite. Ce livre a toute une légende, une épopée populaire. Il était comme le symbole et le génie protecteur du prophète. Fort l'avait acquis avant son ordination. Pressentant son supplice, il le remit aux seigneurs de Cambiac. Le cathare ne voulait pas que les flammes qui consumeraient sachair dévorassent l'Évangile du Bienaimé. Quatre hommes un jour, à la trte desquels Jordan Sanche de Cambiac, par crainte des inquisiteurs, déposèrent le livre compromettant chez

i. Varennes. (F. aussi Baziége.) 2. Cambiac.

Il :

Guilhem Viguier. Guilhem avait une jeun^ femme ignorante, peureuse et bavarde, et qui détestait les Bonshommes. C'est elle qui venait de trahir Fabrinaetles saints delà Barthe de Maurens. Deux vieilles diaconesses la voyante enceinte, lui dirent sévèrement qu'elle était grosse du démon. La simple Amersena comprit, à tort ou à raison, qu'elle portait dans son ventre le démon qu'elle n'avait que dans le cœur. De ià une aversion plus grande encore contre les Amis de Dieu. Son mari voulut la réconcilier avec les deux parfaites qu'il aimait et que tout le monde vénérait à Cambiac. Il ne put vaincre son obstination et s'emporta jusqu'à la maltraiter. La naïve Amersena prétendait toujours être enceinte de son mari et non de Satan. Les rieurs s'en mêlèrent et persiflèrent la délatrice furieuse, sur ses amours avec le diable. Aussi quand elle vit Sanche remettre en dépôt à Viguier le livre de Ramon Fort, elle poussa des cris de paon. Elle leur déclara que d'aucune façon elle ne supporterait que ce livre restât dans sa mai-^on. Sanche, pour cela, lui dit des injures, et confia le volume à son beau-frère, Pierre Viguier. Un inois après, vint un messager de Beriran Alaman, de la part d'Astorga de Ro^engas, demandant le livre de Ramon Fort. Amersena l'envoya chez Pierre Viguier, qui rendit le volume johannite. La remise de l'Évangile coïncide probablement avec le rachat de Ramon Fort. La prudente Amersena ne donna rien pour sa rançon : on craignait nr'me sa loquacité. Mais l'énergique Astorga lui fit porter ce message. .< Gardez- vous de trahir Bertran Alaman : si vous le

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faites, ses frères vous poignarderont! » Amersena retint son caquet, mais elh^ s'en dédommagea bien devant le tribunal à Cambiac; et nous sommes redevables à son commérMge de connaître les aventures de l'évangile de Ramon Fort*. Cette scène risible dérida prob-ibl«ment la nombre ('our. Elle surexcita l'hilarité des persifleurs d'Amersena jusqu'à se jouer des inquisiteur- Ils changèrent de nom entre eux, et se firent inscrire à faux parle scribe dominicain. Il en résulta le plus comique imbroglio, qui se termina dans les frissons et les horreurs des cachots de Toulou-^e.

Les Albigeois ne versaient jamais le sang, et c'est de leur église uniquement qu'on peut dire sans figure : abhorret asanguinf* Ils n'avaient pomt d'armes, pas même un bâton, selon le commandement du Christ. Mais depuis qu'on les traquait comme des bêtes fauves, ils |)ortèrent des armes, non pour l'attaque, mais poir la défense. Ils ne chassaient jamais, mais maintenant ils se déguisaient en chasseurs, les chiens quêtant devant eux^. Ils seraient morts de faim plutôt que de tuer un roitelet. Ils voyageaient h cheval, munis d'arcs, de flèches et de lances ^. Ils avaient des haches dans leurs huttes et leurs grottes. Arnauld Ségui raconte aux inquisiteurs qu'étant un jour dans la forêt de Seyra il découvrit dans une hirthe une cabane d'hérétiques. Quand les Albigeois virent le fureteur, ils

i. Gaiiibiac.

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