Hist, du Lang,f pr
i02 LES ALBIGEOIS ET L'INQUISITION
Carcassonne. Le comte de Foix est dans le donjon des Trencabel. Il leur promet de défendre ces murailles, cette roche, tombeau naguère de la croisade, et bientôt recueil du roi de France, et le salut de la patrie méridionale. Il paraît que cette populace, ameutée par le tribun Ferréol, se rua sur le palais vicomtal. Il expulsa du manoir de ses aïeux l'orphelin, le fils du martyr; et le héros, le libérateur du Midi. Le comte et le jeune vicomte, qui
auraientpusabrercetteignobleetserviletourbedans les rues de la cité, se retirèrent la mort dans Fâme, par l'escalier couvert et crénelé qui descendait au bord de l'Aude, et remontèrent vers les monta- • gnes, tandis que cette foule insensée de peur demandait à grands cris de passer dès ce moment, et pour toujours, sous la domination immédiate duVoi de France. Pour scellercette déchéance,ils abdiquèrent l'ancien sceau de Carcassonne, représentant sans doute le Rocher (quar), piédestal de leur ville antique,emblème de stabilité,etle chêne (casser),emblème de force, double symbole de leur double'origine ibéro^celte. Ils reprirent le sceau des Montfort, le signe de leur soumission à la France. Il représente d'un côté un champ de fleurs de lis, emblème du Midi dont le sol sanglant germe une moisson de fleurs capétiennes. Et de l'autre, un oiseau portant dans son bec souillé une feuille d'olivier ou peut-être une fleur de lis. C'est le pigeon de l'Arche qui revenait avec cette fleur de lis annoncer la fin du déluge de sang; ouïe ramier du Paraclet qui, fatigué de vivre dans les bois, cueille en signe de soumission cette fleur royale, et consent à devenir, en échange
de sa liberté, un oiseau de basse-cour, un volatile du poulailler capétien \
Le roi de France redoublait ses assauts contre Avignon ; mais la ville se défendait par ses fortes murailles, son château escarpé, son fleuve rapide, et plus encore par le courage de ses magnanimes consuls. Les deux héroïques podestats, non-seulement repoussèrent les assauts du roi, mais encore assaillirent dans son camp le monarque croisé. On vit se renouveler le spectacle du siège de Beaucaire, un siège dans un siège, et l'assiégeant as- * siégé lui-même. Seulement les rôles, cette fois, étaient intervertis : l'assiégé, c'était le roi de France, au lieu de l'infant de Toulouse ; l'assiégeant, au lieu de Montfort, c'était Ramon VII qui cernait le camp royal. Avignon était un Beaucaire patriote et plus grandiose. Le roi se trouvait pris entre le prince et les podestats dont les sorties et les attaques semaient les abords de leur ville, et les alentours du camp, de cadavres de croisés. On vit une chose plus surprenante encore. Pendant que les villes romanes abandonnaient le comte de Toulouse, les barons français abandonnent le roi. Ils avaient des relations avec les consuls d'Avignon, et des sympathies pour les comtes de Toulouse et de Foix. Le duc de Bretagne, le comte de Champagne, les barons du Nord sentaient à la fois l'injustice de cette guerre et l'absurdité de leur victoire. Le roi vainqueur par leur épée s'élèverait sur la ruine des grands vassaux. La féodalité était en