LIVRE DIXIÈME
mains et fut enseveli dans leur cimetière. Na Elis sa veuve continua de s'entourer des Amis de Dieu; elle en cacha un trois ans dans ses tours ; à la fin le frisson du bûcher saisit R. Bru qui résolut de se rendre à l'inquisition. Na Elis, connaissant que ces déserteurs devenaient autant de délateurs entre les mains des dominicains, fît poignarder l'apostat. I/énergique Na Élis et Bernard de Montesquieu, fils de son niari, furent incarcérés à Toulouse *.
Montesquieu était comme un phalanstère albigeois. Les cathares y avaient un cimetière, un temple, des ouvroirs: on y comptait au moins six maisons d'hérétiques , mélange de l'oratoire, de récole et de l'atelier. Arnauld Caboset et Pons de Grasac tenaient «n magasin de cordonnerie. Ils fa- ])riquaient et vendaient des chaussures, et tout en tîoupant leurs cuirs, ils faisaient de la morale et de la théologie. C'est probablement à cause de la puanteur des peaux que l'un d'eux soutint que Dieu n'avait pas fait cette corruption, et que l'incorruptibilité était le caractère de l'œuvre de Dieu 2.
C'est Pierre Picot ou Pegot d'Avignonet, un de leurs ouvriers, qui raconte ce fait. Ce Picot était un des guides ha}>ituels des Amis de Dieu. Bérengère de Gavarret partait pour être brûlée à Toulouse. La pauvre mère envoya ce messager vers sa fille, qui demeurait à Montgiscard, pour qu'elle vînt à son passage recevoir le baiser d'adieu. Je ne voulus pas la voir, dit aux inquisiteurs cette