‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 584 sur 922 · LIVRE DLXIÈME jft · texte numérisé non relu

LIVRE DLXIÈME jft

Ramon de Varagne se rendait de Toulouse à son domaine de Gardouch. Il rencontra deux diaconeeses au pré de Montaudran « Descends, dit-il à son écuyer, et donne ta jument à cette vieille Amie de Dieu. » Le chevalier l'escorta ainsi pendant quatre lieues et ne la quitta qu'auprès deGardouch.il chassait un jour, avec son m*me écuyer GuilJabert, au moulin de Capra ou de la Craba. Les deux chasseurs rencontrèrent B. Bonafos et son compagnon, sur le bord du ruisseau. Avec eux se trouvait Arnauld de Romagna; il y avait inimitié entre Romagne et Guillabert : le seigneur de Gardouch ordonna à son écuyer de faire la paix avec Romagne. Il en coûtait beaucoup à Guillabert, mais il n'osa résister à son maître, et les deux hommes d'armes mirent leurs mains dans la main des Amis de Dieu. Bonafos prêcha, probablement, sur loubli des injures, à un auditoire rassemblé sur le rivage de la Chèvre *.

Guillabert, une autre fois, chassait seul dans le bois de Monteils. Les chiens, quêtant devant lui, tirent lever un gibier inattendu. C'était le diacre Matheo de Gardouch avec ses compagnons armés jusqu'aux dents. Guillabert eut peur, mais il reconnut Mathéo vassal et ami des Varagne. Il lui demanda qui étaient ces inconnus. « Des hommes, répondit Mathéo, qui ne vous feront jamais de mal. » Toutefois le chasseur se hâta de sortir de la forêt, de peur d'être pris pour un traquour d'hérétiques^!

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5t ■ LES ALBIGKOIS ET L'INQLISIÏION

C'est ce même Mathéo qui avait transféré le trésor de Montségur dans le Sabartez. •

Na Pagaua était un jour au Bosc-Donat. Elle rencontra deux hommes dans le bois : « Qui êtes-vous ? leur demanda-t-elle. — Nous sommes, dirent-ils. des Amis de Dieu. — Dans ce cas , poursuivit-elle, veuillez me dire pourquoi j'ai perdu tous mes fils. — Parce que, répondirent les inconnus, tes fils étaient des démons. » Il est probable qu'ils avaient trahi la cause romane. La pauvre mère ne voulut plus rien entendre et triste ressortit de la forêt *.

NaPagana évidemment ne dit pas tout. Qu'allaitelle faire sous ces dangereux ombrages? Elle allait consulter les johannites soit comme médecins, soit comme diacres. Tous ces diacres étaient médecins. On cite toujours Bernard d'Aïros, les deux Faure, les deux Garnier, père et fils, du Mas-Saintes- Puelles, échappés de Montségur. Guilhem passait secrètement pour hérétique revêtu. Il était le médecin des Villèle, des Roaix, des Gap-de-Porc. Son fils Arnauld fréquentait aussi les Saint- An dréo et eut un conciliabule nocturne avec son père et B. de Maireville à VOlivier. 11 avait épousé une fille des Faure. Bernarda, femme de Guilhem, et Fauressa, épouse d'Arnauld, eurent aussi à se justifier devant les inquisiteurs 2.

Mais c'est surtout comme consolateurs qu'on regrettait les Amis de Dieu. Depuis leur disparition levâmes étaient tristes, saisies d'un vague eff'roi,

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