Mas-Sainlcs-ruelles
LIVHE DIXIÈME
comme si la terre romane était abandonnée de ses anges. Isarn-Ramon des Vignes rencontrant un jour une de ses amios de Lavaur : « Marquesia, lui dit-il, je vous prie de me donner conseil. Je suis: vieux et je veux sauver mon âme; comment puis-je avoir les Bons-Hommes? — Je ne puis vous donner conseil là-dessus; , répondit Marquesia défiante. — Hélas I reprit Isarnconlristé, vous avez renseigné tant de gens : indiquez-moi, de grâce, où sont les Amis de Dieu * 1 »
Ramon du Caria (du Castlar), un autre vieillard, dit à la même Marquesia: «N'y aurait-il pas moyen d'avoir les Bons-Hommes? — Ah! je ne sais, répondit la femme craintive. — Gela m'afflige beaucoup, » reprit le vieux chevalier. Et il ajouta en soupirant : i< Hélas, tout ce qui était bon est mort 2 1 x>
On ne voyait donc presque plus de consolateurs. Tous pourtant n'étaient pas morts, bien que depuis quinze ans les bûchers de l'inquisition brûlassent incessamment. Beaucoup s'étaient réfugiés en Lombardie sous la protection de l'Empereur Frédéric, ce César philosophe. Beaucoup aussi dans le comté de Foix, auprès de Loup, gouverneur du Sabartez, et surtout dans la Cerdagne sous les ailes d'Esclarmonde d'Alion. Montalion, Querigut, So, seront le dernier asile du catharisme pyrénéen. Les Bons-Hommes ne quittèrent jamais entièrement les plaines de Lauragais ou de l'Albigeois. Mais ils sortaient rarement, ne s'aventu-