LIVRE DIXIÈME
retinrent sur la terre natale, au moment, hélas I de la maladie et de la mort. Vieux avant l'âge, l'esprit troublé, faible et violent et fantasque, toujours errant, comme un insensé, aux quatre vents du ciel , cet Hamlet pyrénéen , qui n'avait pas, comme l'autre, tué sa mère, mais qu'on avait contraint d'assassiner son peuple, à travers l'incohérence de ses idées, et le chaos funèbre de ses songes, poursuivit toujours fixement, invariablement deux religieux projets : donner a son père un tombeau, un vengeur à ses aïeux. Il était consumé de l'amer regret de voir Toulouse, et le glorieux patrimoine de Gothie et de Provence, tomber, avec sa fille arrachée k son amour, et devenue pour lui comme une étrangère, dans la maison royale de France. Il voulait laisser un fils qui, plus heureux que lui, relevât un jour l'antique race de Saint- Gélis, et vengeât le Midi désolé des sanglantes exécutions des papes et des Capétiens *. Répudiant dona Sancha d'Aragon, maladive et stérile, il avait demandé la main de Sancha de Provence, puis de Marguerite de la Marche, puis de Béatrix de Provence, puis enfin d'une infante espagnole, probablement de Navarre. Il trouvait partout l'opposition tacite du roi de France et la défense hautaine du Souverain Pontife. L'implacable Blanche do (]astille dirigeait le Saint-Siège par son ami, le gracieux et sinistre Romain de Saint-Ange. Ni l'abandon de Montségur, si son abjuration au Vatican, ni ses offres de chasses aux cathares ne purent am-
i. Ilist. de saint Louis ^ p. 293 et 303.