‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 592 sur 922 · LIVRE DIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIEME

immurés à perpétuité, mais revenus de leur égarement, fussent relâchés à condition, pour les valides, de prendre la croix, et pour les infirmes et les vieillards, de payer une amende destinée aux guerres d'outre-mer. Le monarque, par cette sage politique, amoindrissait les ennemis qu'il laissait en Languedoc, et entraînait sous l'oriflamme de France rinsurrection cathare qu'il dépaysait au delà des murs et menait se perdre dans les déserts d'Orient.

Louis IX trouva réunis à Aigues-Mortes, ce premier port que la royauté française ébauchait dans les étangs insalubres de la Méditerranée, tous les princes pyrénéens, le comte Ramon, le vicomte Ramon-Roger, Olivier deTermes, et lesdescendants des conquérants, le puissant Philippe de Montfort, et son jeune frère, Gui de Montfort, seigneur de Lombers, neveux du célèbre chef de la croisade albigeoise *. Le comte de Foix ne prit pas la croix : le comte de Toulouse, déjà souffrant, prétendit que sa nef l'attendait à Marseille, et ne voulut s'embarquer que dans cette République amie. 11 devait faire une autre navigation vers une autre Jérusalem. Mais Roger de Carcassonne et Olivier de Termes montèrent sur la flotte royale : ils formèrent une escorte cathare au monarque capétien. Avec eux partirent Guilhem de Menerbe, beau-frère d'Olivier, Auger do Ra,bat, Guilhem et Ramon de Roquefort, Bernard de Montant, Ramon, Arnauld et Pons de Villeneuve, Arnauld de Marquefabe,

i. Hist, du Lantj., t. VI, preuv. 8G, pag. 491.

<€0 LES ALBÎHWIS ET I/INQCISITION

Fernand d'Alfaro, etc. Ramon d'Alfaro, le fameux meurtrier des inquisiteurs, ne quitta pas le comte Ramon, son oncle, qu'il devait assister dans son dernier combat, et dans sa supremeblessure. Ces faidits pyrénéens, qui naguère avaient conquis Valence et les Baléan^s au roi d'Aragon, s'embarquaient maintenant pour subjuguer l'Egypte et la Syrie au roi de France. Le vicomte Ramon-Roger, dont les ancêtres lovèrent tant d'hommes de pied et de cheval, n'était suivi que de cinq chevaliers et de cinq arbalétriers. Mais dans son abaissement et sa pauvreté, il se montra digne de porter son surnom héréditaire de Trencabel. 11 trancha bellement les Turcs etfit resplendir en Orient sonécusson aux trois pals de gueules de Garcassonne et au soleil d'or d'Albi. Olivier de Termes son vassal l'éclipsa par sa fortune, son escorte et sa renommée. Joinville parle avec admiration de mcssire Olivier de Termes, un grand et riche homme, et des plus hardis qnil vit oncques et qui mieux s'est montré dans la Terre sainte *.

Le comte.de Toulouse ne suivit pas le roi en Orient; la nef qu'il attendait à Marseille n'arriva que lorsque l'hiver ne lui permettait plus de prendre la mer. L'été suivant, lorsqu'Alfonse, comte de Poitiers, son gendre, et sa fîile la comtesse Joana s'ejnbarquèrent àAigues-Mortes, le prince qui vint à leur rencontre dans ce port, déjà sans doute blessé à mort, ne les accompagna pas en Palestine. (26 août 1249). De vagues rêves de vengeance, de bonheur conjugal, de relèvement de sa maison, le

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