‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 597 sur 922 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

nale s'éloignant éplorée avec cette cendre fugitive. Marguerite de la Marche sa fiancée put voir le prince, dans le lugubre appareil, traverser les murailles d'Angoulême et de Poitiers où devait resplendir naguère leur pompe nuptiale. Le char funèbre ne s'arrêta que sur la Loire, aux portes de l'abbaye de Fontevrauld. On eût dit que, tremblant encore dans la mort, Raraon n'avait pas voulu dormir dans une terre où son père n'avait pu obtenir un sépulcre. Il se réfugiait comme dans le sein de sa mère, la virile Jehanne d'Angleterre, et sous l'épée de son oncle, le roi Richard Goeur-de ' Lion. Près d'eux, il reposa paisiblement pendant quatre siècles. Un dernier outrage lui fut infligé par une abbesse de la maison de Rourbon. Elle enleva la statue du comte, étendue sur son tombeau dans l'attitude du sommeil, et lui en substitua une à genoux, pour qu'il gardât la posture du pénitent, jusque dans l'éternité : vengeance bien digne d'une princesse capétienne! L'histoire, cette grande justicière, relève ce prince; l'histoire, comme son peuple, rejette ses crimes sur ses bourreaux, et ne conserve pour ses malheurs qu'une immense pitié; elle le pose dans l'attitude mélancolique d'un héros et d'un martyr, héros de la justice, martyr de l'humanité, et le supplicié le plus intéressant de la théocratie romaine*.

Ainsi se déroule, lente, froide, insensible, inexorable, la procédure dominicaine. Mais sous cette impassibilité de mort, vit, pleure, hurle, se la-

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