LIVRE ONZIÈME
qu'il paraît, dans ce pâle suaire, avec la croix rouge sur son cœur, teinte du sang d'un peuple. Elle avait fixé sa tombe, non pas à Saint-Denis, mais dans l'abbaye de Maubuisson , et finit ainsi en reine, en nonne et en Espagnole *.
Les comtes de Toulouse et de Provence, Alphonse, doué de la douceur de son père, et Charles, pétri de la dureté farouche de sa mère, gouvernèrent le royaume* Ils mandèrent la triste nouvelle au roi qui depuis cinq ans continuait sa laborieuse et stérile croisade en Orient. Les derniers mois de son séjour en Syrie sont signalés par les exploits des faidits pyrénéens. Comme le roi marchait d'Acre sur Sidon, il résolut de prendre la ville de Bélinas, assise au pied de l' Anti-Liban, avec son château de Subeibe, sur le mont Panion, à l'endroit même où d'une grotte jaillit, comme de son urne, la source visible du Jourdain. Une portion de Tost français, en gravissant la rampe hérissée de roches du donjon, fut presque enveloppée parles Turcs. Olivier de Termes dégagea ses compagnons qu'on croyait perdus en simulant une fuite vers Damas, et en attirant de ce côté les Sarrasins. Puis éperonnant vers la cité, et coupant sur le bord du fleuve des roseaux dont on fait des flûtes, il en remplit les tubes de feu, et regagna le camp latin en incendiant les blés et les repaires des Musulmans. Joinville, que l'on croyait mort et qui ne dut la vie qu'à cet ingénieux stratagème, loue vivement cette prouesse chevaleresque d'Olivier de Termes 2. C'est à Sidon
i. G. de Nangis. — Geat. Lud., VIII.